L'HIVER
Per Sant Andriu, ço ditz l'ivèrn aici sci ieu !
A la Saint André, dit l'hiver, me voici !
Le proverbe est catégorique. Comme le calendrier qui fixe avec autorité la date des saisons. Faut-il les croire ? Pas toujours : le temps, si souvent, leur inflige un cruel démenti. Cela à toutes les époques. Pas seulement à la nôtre qui invoque la bombe atomique ou les vaisseaux spatiaux pour rendre compte des anomalies. Une telle légèreté dans le jugement témoigne en tout cas de beaucoup d'ignorance ou d'amnésie. A preuve ce proverbe qui n'est pas d'aujourd'hui. Il constate que les années passent et ne se ressemblent pas. Cela depuis toujours :
Quand Nadal de solelha, Pascas brula la lenha.
Quand Noël est ensoleillé, Pâques brûle le bois (4)
Pourtant, à défaut des saisons, dont le déroulement inconstant déroute toute prévision, la durée relative du jour et de la nuit qui dépend de la marche des astres et de la mécanique céleste, évolue tous les ans de manière uniforme. Le soleil, de ce fait, devient l'horloge du paysan. L'usage des cadrans solaires le prouve. Le proverbe le confirme. Il est le régulateur de la vie rurale.
Ainsi, à partir de la Saint Michel, le soleil se couchant tôt, l'après-midi est trop courte pour justifier la collation qui le coupait :
Per Sant Miquèl, las quatre oras mὁntan al cèl.
Pour la Saint Michel, les quatre heures montent au ciel.
La veillée surtout dépend de la longueur de la nuit. Elle était importante à une époque où le tissu familial et social est très dense, où les distractions sont rares, où la télévision n'existait pas encore. Des critères objectifs, faciles à vérifier par l'homme de la terre, servaient de point de repère :
Quand la cornolha es vairada, la velhada es començada.
A la véraison du cornouiller, commence la veillée.
Vers la fin de la veillée, les soirs d'hiver, la grand-mère se levait, ouvrait la porte et montrant le ciel étoilé, elle disait à l'enfant : "Drolle ! cal anar al Lèt. Agacha al cèl : las tres Vergas son viradas !". Mon enfant, c'est l'heure d'aller au lit. Regarde le ciel ! Les Trois Rois (la constellation d'Orion)) ont tourné !
Il fallait attendre Noël pour amorcer le mouvement inverse des rapports entre le jour et la nuit... Mais la différence n'était sensible qu'à la Sainte Lucie qui se célébrait, dans le calendrier Julien, à une date postérieure à la Nativité. Ce qui, soit dit en passant, permet de faire remonter le proverbe à une époque antérieure à 1582, année de la réforme qui aboutit au calendrier grégorien.
Per Nadal, d'un pè de gal
Per Santa. Lucia, d'un pè de "puça".
Pour Noël (les jours allongent) d'un pied de coq
Pour Sainte Lucie, d'un saut de puce.
Ce n’est qu’au mois de mars, on l’a vu, à la floraison du cornouiller, que la veillée cessait de se justifier
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