L’AUTOMNE
Il en allait d'ailleurs de même des vendanges. Elles se faisaient généralement entre le 20 septembre et le 20 octobre mais tout dépendait de l'ensoleillement. Or, les années passent et ne se ressemblent pas. De sorte que de grands écarts par rapport à la moyenne étaient toujours possibles.
La détermination de l'époque était d'une importance capitale pour la qualité de la récolte. Aussi la fixait-on avec beaucoup de précautions. Jadis, un ban officiel des vendanges était publié par l'autorité compétente, en l'occurrence le seigneur. Certains, à Faycelles, au 18è siècle encore, furent condamnés pour l'avoir enfreint. A l'époque dont il est question ici, le consensus social suffisait. Il n'en était pas moins coercitif. Celui: qui n'en tenait pas compte était puni par la malignité publique, à la longue plus nocive qu'une peine juridique.
Pour juger du degré de maturité de la grappe, le maître du vignoble,
flanqué de son vigneron, frappait un cep avec sa-canne : ainsi, Monsieur Gallieu et son métayer Jonet, dans sa vigne de "Calmel", entre Poussard et la Métairie-Haute, Si les grains se détachaient d'eux-mêmes de leur pédoncule ("lo bèrpi".), c'était bon signe ; le raisin était mûr, ce qui n'empêchait pas de retarder encore la vendange de quelques jours, dans l'espoir d'un ultime rayon de soleil et, par suite, d'un supplément de sucre et donc d'alcool. Si le grain ne tombait pas, qu'elle que fût la coloration dela peau, on attendait. On disait à l'époque que, pour avoir du bon vin, il fallait qu'il y ait du raisin pourri, d'autre mûr, d'autre encore pas trop mûr.
Le résultat d'une telle sollicitude attentive est que le vin était bon. "Se fasià del vin coma del ratafia" disaient avec fierté les vieux, en évoquant cet ancien temps: "Le vin était alors un vrai "ratafia". Et il ne faisait pas mal, ajoutaient-ils, critique ; on pouvait en boire à tous les repas : il ne détraquait pas l'estomac.
Il faut dire qu'il n'avait subi aucun traitement ou presque. "Sabia pas qu'a fèr". "Il n'avait que le goût de fer" disait-on plaisamment pour indiquer par-là que le cep n'avait vu que le sécateur, le bident ou le trident, à l'exclusion du souffre et du sulfate de cuivre. Allusion, bien Sûr, à l'époque antérieure au phylloxéra. Les vignes étaient robustes alors. Certes, elles étaient affectées ' parfois d'une maladie grave, que les gens appelaient "lo liuç" parce qu'ils l'attribuaient à l'éclair, et qui n'était autre que "la cornouée" qui dessèche la moelle, et fait périr le cep. Mais, même alors, il suffisait d'arracher la souche, de nombreux rameaux montaient des racines, et on vendangeait l'année suivante.
C'était merveilleux de contempler alors-partout sur les rives du Lot, d'Entraygues jusqu'à Puy-L’Evêque et au-delà, les "Costedeau" ou "Cὁsta d'Olt", c'est-à-dire; de part et d'autre de la rivière; sur le versant du Quercy surtout mieux exposé, l'étagement-verdoyant des "paradons"ou des murettes, retenant une terre généreuse que tous les hivers, 'lo gὁrb", le corbeau sur l'épaule, les vignerons remontaient patiemment sans jamais se lasser.
Le dosage et la qualité des cépages faisaient la qualité du-cru. Avant le phylloxéra, le vin rouge provenait des plants divers. On y trouvait notamment "lo pè perdic de Caors" (pied de perdrix), appelé aussi Auxerrois-, en souvenir, dit-on, d'un évêque de Cahors, originaire de cette région qui, en l'important, a fait la fortune du vignoble cadurcien. Mais "lo pè perdic" de Faycelles était distinct de celui de Cahors, et donc de l'Auxerrois. Il comportait plusieurs variétés, en particulier "lo ram roga et "lo ram vert" selon la couleur du pampre. Il prospérait dans les terrains de qualité médiocre. Trop vigoureux, dans les bonnes terres il coulait. Les ménagères le sélectionnaient pour faire le "ratafia"
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