vendredi 23 juin 2017

  • Faycelles vous accueille...

    Faycelles vous accueille...

    Commune du département du lot,arrondissement de Figeac ,diocèse de Cahors, Faycelles a une superficie de 1323 hectares et sa population était de 629 habitants en 2011.
    Elle occupe un plateau situé sur les derniers contreforts du Massif Central...

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  • Que d'Histoire !

    Que d'Histoire !

    L'existence de Faycelles est attestée vers la fin du IVe millénaire avant Jésus-Christ. La population vivait alors sous la falaise qui s'étend vers l'ouest de l'actuelle localité. La tradition le rapporte. Des traces encore visibles d'habitations le confirment, notamment des trous creusés dans la roche pour recevoir la charpente. Un très vieux cimetière, au milieu duquel, par la suite, a été construit un pigeonnier que l'on voit encore...

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  • Faycelles autrefois...

    Faycelles autrefois...

    "Ah ! Qu'il était beau mon village, Faycelles, mon cher pays...

    Et c'est pour cela qu'on dit, D'La Madeleine à Cambonis : Faycelles, c'est l'Paradis !"


    Folklore local.

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1°semestre 2017

 

 D'après "Il y a cent ans... UN VILLAGE QUERCYNOIS" fascicule N°1 "Au fil des siècles "du R.P. G. DELBOS
avec son aimable autorisation.

Les dessins sont de Simone TRISSON

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Les grandes étapes :

Les premières traces d'hommes !

Les premières traces de population remontent assez haut dans la Préhistoire: au Magdalénien supérieur (13-15000 ans av JC) dans la grotte sise au lieu-dit Les Graves où des gravures rupestres ont été découvertes représentant deux frises de chevaux, un corps de femme sans tête et un auroch.

-15000 ans

Occupation d'une grotte sous la falaise

Au Néolithique (2-3000 ans av JC), dans la grotte de La Moustarde située dans la falaise, un vase de l'époque Chasséenne (Néolithique) a été découvert (exposé à la mairie)

- 3000ans

Période Gallo-Romaine

De nombreux vestiges de l'époque Gallo-Romaine (poteries et fondations d'habitat) ont été mis à jour des deux côtés de la vallée du Lot, au pied des collines ainsi que sur les hauteurs à Septemont et au Mas de Vinance notamment.

0 - III° siècle

Période Mérovingienne

Une Nécropole de l'époque Barbare (IV° - VI° siècle) à été fouillée dans les années 1964-1968 et une cinquantaine de tombe inventoriées.

IV° - VI° siècle

Le village s'établit à son emplacement actuel

Faycelles fût d'abord un domaine du Duc d'Aquitaine "Fiscella villa Nostra", lit-on dans un document du IX° siècle, avant que l'abbé de Figeac (vers le XI° - XII° siècle) en devienne le seigneur. La construction du château (à la place de l'église actuelle) date de cette époque. La population qui vivait alors sous la falaise (qui en porte encore les traces) vint se mettre sous sa protection.

X° - XI° siècle

Les Anglais prennent le château..

En 1369, le château fût pris par les Anglais. Durant 25 ans, entre cette date et 1394 ou l'abbé de Figeac publia un "Edit de repeuplement", la population disparut entièrement. Elle se reconstitua tout au long du XV° siècle.

1369

Les guerres de religion

Un premier combat se déroule à Ferrières, en 1569, Après la défaite de Moncontour, le 3 octobre de cette même année, les princes de Navarre, de Condé et l'amiral de Coligny avaient ramassé ce qui leur restait de soldats, et s'étaient dirigés sur Montauban pour apporter à cette ville l'appui de leurs armes. La lutte est engagée. Elle va durer longtemps. Mais Faycelles bénéficiera, en cette circonstance, de conditions tout à fait favorables. Le château ne connaîtra pas, comme au temps de la Guerre de Cent Ans, la honte d'une capitulation.

XVI° siècle

Période Révolutionnaire Empire

A Faycelles, dirigé par la bourgeoisie, un calme relatif s'établit pendant la période Révolutionnaire. Deux soldats Bazelle, capitaines durant les guerres de la révolution et de l'Empire se distinguent. Les deux sont décorés de la Légion d'honneur. Etienne, amputé d'une jambe à Eylau (1807) sera fait Baron d'Empire par Napoléon à Wagram (1809)

Fin XVIII° siècle

Apogée du monde rural

La population atteint son apogée vers 1840. Elle compte 1250 habitants. Catastrophe du phylloxéra dans la seconde moitié du XIX° siècle: le vignoble est détruit, reconstitué avec des plants hybrides. On assiste à une exode vers la ville, les grands chantiers ferroviaires voire l'Amérique en pleine période de ruée vers l'or.

XIX° siècle

Guerres Mondiales

1914-1918: 38 morts, une saignée douloureuse, 6 victimes lors du deuxième conflit mondial, de nombreux prisonniers. La population en décroissance tombe à 418 habitants en 1962.

XX° siècle


FAYCELLES occupe un plateau situé sur les derniers contreforts sud-ouest du Massif Central, à cheval entre deux rivières : le Lot et-son affluent le Célé, à sept kilomètres de Figeac, sous-préfecture du Lot. C'est un très vieux village(1)

LA PREHISTOIRE.
Son existence est attestée vers la fin du IVe millénaire avant Jésus-Christ. La population vivait alors sous la falaise qui s'étend vers l'ouest de l'actuelle localité. La tradition le rapporte. Des traces encore visibles d'habitations le confirment, notamment des trous creusés dans la roche pour recevoir la charpente. Un très vieux cimetière, au milieu duquel, par la suite, a été construit un pigeonnier que l'on voit encore, témoigne d'une implantation humaine dans les environs. Surtout des fouilles récentes, pratiquées dans le sol d'une caverne dite "Crosa de la Mostarda", interdisent le moindre doute à ce sujet.
Conduites, plusieurs années durant, par une équipe compétente dirigée par M. Sauteron, elles ont révélé que l'homme a vécu sous cette falaise, au moins depuis le Chasséen. La découverte d'une très belle poterie datée de cette période, par M. Clottes, Directeur de la Circonscription préhistorique de Midi-Pyrénées, en fait foi. Peut-être aussi la présence, reconnue par un collaborateur de M. Clottes, d'ossements humains, au niveau de cette falaise, dans une galerie souterraine, explorée par le groupe spéléologique de Figeac-Capdenac - et notamment un faycellois : Jean-Claude Labascoules - à partir de la "Crosa del Pesquier" où prend sa source le ruisseau de Gaillot (2).
L'exploration de la "Crosa de la Mostarda"a donné, en gros, la stratigraphie suivante, en remontant les couches. Par 2,30 m environ de profondeur, de la poterie chasséenne, dont le vase mentionné plus haut ; vers 2,10 m, des tessons ocres et grisâtres, de facture grossière ; vers 1,95 m, une perle de collier en calcite, de forme et de dimension rigoureusement identiques à celle qui a été découverte sous le dolmen du Mas de Bessières, et qui a été datée du néolithique ; ainsi qu'une petite rondelle de bronze de 1,2 cm de diamètre ; Vers 1,80 m, une lame et des éclats de silex ; vers 1,65 m, un niveau très riche en ossements humains d'adultes et d'enfants, un pectoral taillé dans une défense de sanglier, poli ensuite ; vers 1,50 m, de la poterie gallo-romaine précoce, notamment cordée, de la fin de la Tène III, et en particulier une jarre funéraire, probablement à incinération, comme en témoignait à l'intérieur un mélange de cendres et d'os ayant subi l'épreuve du feu ; vers 1,35 m, de la poterie médiévale ; vers 1,05 m, des tessons médiévaux et gallo-romains tardifs, mélange très compréhensible si l'on songe que la répartition des débris jetés d'en haut ne se faisait pas également sur toute la surface, le cône de déjection ayant normalement tendance à monter plus vite au centre ; vers 0,90 m, des fragments de vases de la période médiévale ; vers 0,60 m, des traces de foyers et d'ossements d'animaux. Enfin, presqu'en surface, un squelette humain décapité (la tête a été retrouvée seule à quelques mètres de là) qui a été daté de 1210 environ par le Centre des Faibles Radioactivités de Gif-sur-Yvette.
Peut-on rêver d'un livre de famille plus précieux et plus précis que cette caverne dont il suffit de tourner en quelque sorte les pages, en effeuillant successivement les couches, pour y lire le passé des habitants de Faycelles, depuis le lointain Chasséen jusqu'au mouvement communal du XIIIe siècle de notre ère, en passant par le néolithique, le gallo-romain précoce et tardif, et par les différentes phases du Moyen Age (3).
Sans parler, bien sûr, des autres vestiges relatés ailleurs et qui témoignent dans le même sens, à savoir : les trois dolmens de Ferrières, de la Pierre Levée et du Mas de Bessières ; peut-être même d'un quatrième, aujourd'hui disparu, situé dans un autre lieudit, "Péira Levada", distinct de celui de Settemont, 

mentionné par Champeval de Vyers, et qui devait se trouver quelque part au carrefour des chemins de Balaguier à Fons et de la Graville Basse à Lascamps (4) ; les cinq haches de pierre déjà répertoriées auxquelles il convient d'ajouter une sixième récemment découverte (5).
Oui, Faycelles est un village très ancien.

LA PERIODE GALLO-ROMAINE.


Elle a laissé à Faycelles des traces nombreuses.
Outre l'abondante récolte de débris de poterie de cette époque recueillie dans la "Crosa de la Mostarda" ainsi qu'il vient d'être dit, quatre implantations de cette période ont été reconnues : à Settemont près de la Graville, au Cuzoul sur la route qui va du Mas du Noyer à la Cassagnole, au Pas du Rieu à la jonction de la plaine du Lot et des collines, au Mas de Vinance , dans le "Camp d'Andral" N° cadastral = 3 sur la parcelle Z-B. Partout, la tuile à rebord abonde. Les tessons récoltés permettent de dater l'implantation, de la Tène III au début du second siècle après J.C. La provenance de cette poterie est diverse. Certains fragments viennent de Gaillac, près de Cajarc, comme il ressort de la confrontation des motifs de décoration avec les travaux de M. Pauc sur ce site (6). D'autres sont d'origine étrangère : notamment une panse d'amphore, peut-être importée d'Andalousie, et divers débris, en provenance de Mon-tans sans doute, aux dires de M. Fouet, à l'expertise duquel ce lot a été soumis. D'autres, enfin, sont indigènes : la tradition gauloise est fortement représentée dans l'ensemble de la récolte. Ajoutons qu'à proximité, sur l'autre rive du Lot, en face de Gaillot, et au-dessous du Mas du Causse, dans un champ qui borde la route d'Ambeyrac à Lamadeleine, en dépit de deux millénaires ou presque de culture, et des divagations fréquentes de la rivière, l'abondance de la poterie gallo-romaine, récoltée à fleur de sol, après chaque labour, est telle qu'elle semblerait indiquer l'existence à cet endroit d'un atelier de potier particuliè-rement important, et comportant au moins cinq foyers à en juger par la répartition des tessons (7).
Il semble aussi qu'un temple romain ait existé jadis à Rigant, dénommé aujourd'hui Eglise Basse en souvenir de l'édifice chrétien qui lui succéda, qui fut désaffecté au XXVIIIe siècle, vendu comme bien national lors de la Révolution et dont il ne subsiste que des ruines. C'est là que se trouve actuellement le cimetière, toujours en service, et qui n'est autre qu'un de ces "cimetière de campagne" tels qu'on les implantait jadis avant notre ère, à distance des agglomérations par crainte des morts, que l'on enclouait parfois dans leur cercueil pour les empêcher de revenir inquiéter les vivants. Or, en 1968, le fossoyeur a découvert, à un niveau inférieur à celui de l'ancienne église, en un point qui ne permet d'établir aucune relation architecturale avec l'édifice chrétien, une base de colonne qui a été identifiée comme ayant appartenue à "un temple romain de campagne" et qui a été datée du IIe ou IIIe siècle après J.C. par un professeur d'archéologie de Rome, consulté à notre demande par le Docteur Lamasson qui nous a transmis le résultat de l'expertise.


En fait, l'existence d'un temple romain à cet endroit n'aurait rien d'insolite. En effet, à proximité passe un de ces vieux chemins impériaux dont Pétrone disait c'en était plus facile d'y rencontrer un dieu qu'un homme". Sur cette même route antique qui relie Toirac à Figeac se trouve déjà, à cinq kilomètres de là, la paroisse de Frontenac dont l'église est bâtie sur les fondations d'un temple dédié à Minerve. Le lieu-dit voisin à nom "Fenouil", que d'aucuns (Dauzat) interprètent comme dérivé de "Fanum Novum" (Temple nouveau). Ce site élevé, dominant la vallée du Lot et largement ouvert sur un vaste horizon, convient naturellement à Mercure, divinité des hauteurs. Emile Mâle cite de nombreux cas de semblables successions ; "Il n'est guère de province, écrit-il, où l'on n'ait retrouvé, sous des églises anciennes, des restes de temple" (8). L'abbé Combelles, enfin,
ancien curé de la paroisse qui, en 1899, fit faire, à ses frais, des fouilles à cet endroit, et qui est de ce fait témoin oculaire, déclare que :" l'arrangement des pierres révèle la main des Romains. Les fondations souterraines que nous avons vues et qui ont été relevées à notre insu pour employer la pierre à la clôture du cimetière, nous ont révélé un temple de toute beauté".
Enfin, si, comme c'est probable, il faut situer à Capdenac-le-Haut, Uxellodunum qui fut, selon Hirtius, dans le livre VIII du "De Bello Gallico", le dernier bastion de la résistance gauloise à la conquête romaine, c'est dans la vallée du Lot, juste au-dessous du village de Faycelles, que fut établi le camp adossé à la rivière vers lequel les Gaulois drainaient le froment de la région avant de l'amener nuitamment dans la citadelle assiégée.
L'implantation des villes gallo-romaines au pied des collines ou dans le creux des vallons protégés du Nord par un éperon rocheux, à proximité des champs fertiles et des rivières poissonneuses, témoigne davantage d'un souci du confort que d'un objectif de défense. Manifestement, la "pax romana" règne dans la Gaule conquise par "l'Humanitas latina" plus encore que par les armes.
Bientôt, hélas ! Avant même le V° siècle, mais surtout à partir de cette époque, les frontières de l'Empire vont craquer sous la poussée des Barbares venus de la lointaine Asie par l'Europe centrale. Dans le cadre de ces grandes invasions, une tribu d'envahisseurs - des Wisigoths vraisemblablement - vint s'établir, peut-être vers le IVe siècle déjà (9), sur le plateau où se trouve le village de la Graville. Leur présence a été révélée ces dernières années par la découverte et l'investigation de la nécropole dite des "Sarrasins" où ils enterraient leurs morts.
Ce lieu-dit, de propriété communale, situé à deux kilomètres environ du bourg, au milieu d'un triangle constitué par le Mas de Francoal, le Puech et le Mas de Bessières, sur un des points culminants de la commune, est en fait une butte artificielle, autrement dit un tumulus. A proximité - le cas est fréquent - se trouve le dolmen du Mas de Bessières, et un peu plus loin celui de la Pierre Levée.
La tradition parle à son sujet d'un combat entre Sarrasins et autochtones et voit dans cette nécropole le résultat d'une lutte particulièrement meurtrière. Reconnaissons, avec Ferdinand Lot, qu'un chef sarrasin du nom d'Ambiza, vint effectivement, après Poitiers, se fortifier dans le lieu tout proche de Balaguier, à condition encore que cette localisation soit exacte, ce qui est contesté. Concédons aussi que la légende populaire a conservé le souvenir des déprédations commises par les Arabes sur cette rive droite du Lot, celui des embarcations sarrasines, immergées dans le Lot, après un combat, à la suite d'une fuite précipitée, et qui seraient visibles encore en période de basses eaux.
Mais, outre que le toponyme de "sarrasin" s'applique à tout site antique indistinctement, il est impossible, au terme de quatre campagnes de fouilles effectuées en ce lieu de 1964 à 1968, d'accréditer sur ce point la tradition populaire.
On en trouvera ailleurs le compte rendu détaillé (10). Contentons-nous d'en donner ici les conclusions. La nécropole des "sarrasins" est un cimetière barbare : la confrontation des données de la fouille avec l'ouvrage spécialisé d'Edouard Salin sur ce sujet ne laisse aucun doute (11). Elle date de la fin du IVe siècle - début Ve, comme en témoignent les indices conjoints de l'expertise des tessons par M. Fouet, chargé de recherches au C.N.R.S. à Toulouse et de la datation au carbone 14 effectué par le Centre de Gif-sur-Yvette.

L'examen attentif des données archéologiques nous permet de donner de cette population la description suivante portant sur son type physique, sa vie sociale, ses moeurs et ses. croyances.

TYPE PHYSIQUE. Des rapports médicaux, établis à partir de l'examen des squelettes, il est possible de dégager les traits suivants de cette race. La taille de ces hommes est élevée pour l'époque : elle varie entre 1,65 m et 1,70 m. Ils étaient de type dolycho. ou hypo-dolichocéphale. Leurs arcades sourcilières, bien que très marquées, n'atteignent pas un développement considérable. La face ne présente pas de prognathismes notables. La dentition est remarquable. Cependant des parodontoses, des abcès dentaires et des caries nombreuses et importantes sont à signaler. Un maxillaire inférieur, présumé de sexe féminin, se singularise par l'absence d'alvéoles dentaires au niveau des molaires et des prémolaires. A ce sujet, on pourrait invoquer une chute prématurée des dents, due à quelque processus pathologique, tel qu'une gingivite expulsive. Cette hypothèse pourrait être confirmée par le fait que la plupart des caries dentaires sont au niveau du collet proche de la gencive. A moins qu'il ne s'agisse d'une érosion par micro, traumatismes répétés, en rapport avec les habitudes sociales du groupe. Enfin, certains squelettes révèlent des traces d'arthrite vertébrale rhumatismale.

LA VIE SOCIALE. Cette population constituait un clan fermé, bien distinct du groupe autochtone qui habitait alors sous la falaise. Les Barbares enterraient leurs morts aux "Sarrasins", les Gallo-Romains à Rigant où l'abbé Combelles a découvert des sarcophages typiques de cette civilisation.
La fusion entre les deux groupes ethniques s'opéra vers la fin du VIe siècle, sous l'influence du christianisme. En effet, dans la nécropole des "Sarrasins", un seul emblème religieux a été découvert. Il s'agit d'une croix de pierre plate, légèrement renflée au centre, de façon d'ailleurs inégale, obtenue par l'abrasion des quatre angles de la croix, sur un matériau présentant des prédispositions à recevoir cette forme. Elle était située dans une tombe d'enfant, sous la couche inférieure du couvercle, juste au-dessus de la tête du défunt, "comme pour permettre au chrétien de contempler jusque dans la mort le symbole de son salut", ainsi que le note E. Salin qui a relevé ailleurs des faits similaires.
Or, si nous considérons que les nécropoles mérovingiennes étaient peuplées progressivement de bas en haut de la pente, qu'aux "Sarrasins" le sommet ne présente que des tombes raréfiées, que la sépulture dans laquelle cet indice de christianisme a été trouvé se situe presque au sommet du tertre, il semble qu'on soit en droit de conclure que la nécropole barbare a été abandonnée à partir du moment où la population, devenue chrétienne, a été contrainte, pour obéir aux lois de l'Eglise, de faire enterrer ses morts en terre bénie, "sous la goutte qui tombe du toit de la chapelle", comme dit délicieusement un texte ancien. De fait, l'abbé Combelles a découvert également à Rigant des formes de sépultures identiques à celles des "Sarrasins", avec la seule différence, de signification chrétienne du reste, que le visage du défunt était tourné vers la terre.

La fusion des cimetières semble être l'indice d'un rapprochement entre les communautés, par l'adhésion à une même foi.


MOEURS ET CROYANCES. La pauvreté du mobilier recueilli dans 30 tombes, et dont l'inventaire se réduit à l'énumération suivante : des tessons, une bague, un anneau et une croix de pierre grossière, semble indiquer que le niveau de vie de cette population était très bas. Les morts étaient enterrés nus, sans le moindre vêtement ni la moindre parure, sans cercueil, à même la pierre, par souci d'économie. La poterie est de facture très grossière et le forme des vases est commune.
Un examen attentif de la nécropole et des tombes révèle les rites funéraires en honneur dans le clan.
La technique de l'ensevelissement prévoyait la mise en place du cadavre, nu, sans cercueil ni brancard, ainsi qu'il vient d'être dit, allongé sur le dos, la tête tournée vers le ciel, les bras le long du corps ou repliés sur la poitrine (la place des humérus et des cubitus atteste les deux positions) (12). Puis on fermait l'auge par un couvercle constitué de deux ou trois couches de pierres plates et brutes. On déposait sur la tombe, généralement au pied, un ou deux vases du genre écuelle ou pot. Les débris trouvés à l'intérieur ont dû s'infiltrer entre les pierres mal jointes. Si les vases avaient été déposés à l'intérieur, on n'aurait pas trouvé de poterie à l'extérieur, surtout en une telle abondance relative. Enfin, on répandait par-dessus de la terre ou des cailloux pour cacher la sépulture et assurer son inviolabilité.
La cérémonie devait comporter un rite du feu, comme en témoignent certaines pierres rougies par la flamme, découvertes parfois à l'intérieur même des tombes. Ce rite peut recevoir diverses interprétations : soit en liaison avec la préparation du repas funéraire ou des offrandes alimentaires ; soit comme une coutume en relation avec le foyer ; soit enfin comme un rite spécifiquement religieux, le feu symbolisant le double (l'âme), et donc la survie.
Du reste, le soin avec lequel ces tombes étaient aménagées, leur orientation vers l'Est où le soleil se lève, le dépôt de vases comme l'isolement du site, témoignent avec évidence d'une conception spiritualiste de l'existence au sein de cette population.
LES SARRASINS.
Faycelles ne fut pas non plus épargné lors des invasions arabes du VIIIe siècle. Selon un manuscrit déposé aux archives de Conques par Bernard, écolâtre d'Angers, qui écrivait vers 1020, 'une troupe de ces envahisseurs, conduite par Ambiza, s'était fortifiée dans le château de Balaguier que certains identifient avec l'actuelle localité du même nom, «située au-delà du Lot, dans le Rouergue, à quelques kilomètres seulement. A partir de là, ils commettaient des exactions dans la région, pillant les lieux saints et vexant les ecclésiastiques, les moines et autres honnêtes gens » (« et alios homines probos »). Si proche, Faycelles ne manqua pas de recevoir la visite des pillards, d'autant plus qu'un chemin direct, correspondant à un gué du Lot, le reliait à la forteresse occupée par les brigands. De plus, l'isolement de l'église de Rigant en faisait une proie facile.
Deux légendes subsistent que nous avons déjà mentionnées et qui ont trait à ces incursions : celle d'un combat entre "Sarrasins" et autochtones, sur le plateau de la Graville, en bordure du chemin qu'empruntaient normalement les prédateurs ; celle des embarcations, chargées de victimes d'une échauffourée à Rigant, et qui auraient coulé à la suite de fausses manoeuvres dues à la précipitation.
Faut-il attribuer à des relations ultérieures plus pacifiques entre indigènes et envahisseurs le type maure que reflètent encore bien des visages à Faycelles et dans la région ? C'est possible.

L'EPOQUE CAROLINGIENNE.
Selon l'intéressante thèse récemment soutenue par J. Juillet (13), sur la base d'une impressionnante argumentation, c'est à Faycelles, plus précisément au village de la Cassagnole, que seraient nés, en 778, lors de l'expédition d'Espagne marqués au retour par l'épisode fameux de Roncevaux, les fils jumeaux de Charlemagne, à savoir : Lothaire, chétif de naissance, qui mourut prématurément à l'âge de deux ans, et Louis qui devait devenir deuxième Empereur d'Occident, sous le nom de Louis le Pieux, ou encore Louis le Débonnaire.
Les raisons alléguées par l'auteur ne manquent pas de poids. La philologie s'accommode fort bien du toponyme : La Cassagnole dérivant normalement de Cassinogilum ("Beaux Chênes", ou "Clairière de Chênes") mentionné dans l'acte de baptême des nouveau-nés. De plus, les routes conduisant d'Aix-la-Chapelle où résidait l'Empereur, en Espagne, but de l'expédition, passent par-là, surtout si l'on considère que la tactique de Charlemagne prévoyait de scinder en deux son armée, chaque corps attaquant par un côté des Pyrénées, afin de prendre les Sarrasins dans une tenaille dont les mâchoires se refermeraient sur Sarragosse ... Un tel ordre de marche, soit dit en passant, disqualifie les sites concurrents : Cassaneuil-en-Poitou, Cesseuil-en-Bordelais, Casseneuil-en-Agenais, qui sont beaucoup trop à l'Ouest, trop loin de la base d'opération ou en plein pays ennemi dans lequel on n'abandonne pas une épouse sans défense, sur le point d'accoucher. D'ailleurs, il est certain qu'au retour, Charlemagne est passé par le Quercy puisque, après avoir pris Cahors, remontant la vallée du Célé, il laissa sur le plateau voisin un de ses plus brillants officiers, Namphaise, qui devint l'ermite de Cagnac-du-Causse, - où sa mémoire est encore vénérée comme celle d'un saint. Du reste, dans le pays, les églises ne manquent pas qui perpétuent dans la pierre des chapiteaux le souvenir du grand Empereur d'Occident : à Toirac, par exemple, tout près de Faycelles et de La Cassagnole (14)
Surtout, il ne faut pas oublier que les Carolingiens étaient possessionnés à La Cassagnole, comme en témoigne l'acte d'échange, conclu en 819 par Pépin d'Aquitaine, fils de Louis le Pieux, avec l'évêque de Cahors, Angarius, auquel il céda ses biens paternels sis à "Cassinogilo" contre ce qui restait du monastère de Lunan tout proche.
On le voit, la localisation proposée par J. Juillet est solidement étayée et, à défaut d'une certitude impossible à établir, elle emporte tout au moins La conviction, surtout si l'on se réfère, pour le détail, à l'article précité.

.DANS LA MOUVANCE DU ROYAUME D'AQUITAINE.
Faycelles est mentionné pour la première fois, en 838, dans une Charte de Pépin d'Aquitaine, fils précisément de Louis le Pieux, né à La Cassagnole, ainsi qu'il vient d'être dit. Dans ce document, il est désigné comme faisant partie du domaine royal : "notre villa qui s'appelle Faycelles". C'est tout ce que nous connaissons de la condition politique de cette localité, à cette époque, par les textes du moins.
L'étymologie du nom, à condition toutefois d'user de toute la prudence nécessaire dans un domaine aussi délicat, autorise peut-être quelques conjonctures.
Et d'abord, quelle est la graphie exacte du toponyme ? Dans les textes latins les plus anciens, il est écrit : "Fiscella" ou "Fiscolla" (Pseudo-Charte de l'Abbaye de Figeac), ou encore "Fiscellum" (Cartulaire de Conques). Dans les deux cas, il est précédé de la mention : "villa nostra" (notre domaine), alors que, plus tard, il est question du "castrum" c'est à dire du château de Faycelles, notamment en 1455, où l'abbé Jean de Narbonnes est dit seigneur temporel
du lieu, et en 1478, dans l'acte d'acensement du moulin de Gaillot aux frères Cabriès. D'où il ressort que Faycelles, après avoir été une "villa", fut ensuite un "castrum: détail précieux à retenir pour la suite. Dans les textes français, plus influencés par le dialecte local, on trouve : "Fecella" (XIVe siècle) ; "Faysselle", "Foues-sele" (XVe siècle) ; "Faicelle", "Faysselle", "Faizelles", un peu plus tard. Il est fixé définitivement au XIXe siècle sous la forme actuelle : Faycelles, comportant un "s" final.
Diverses interprétations ont été avancées : "facere cellas" (abbé Combelles) : allusion aux habitations aménagées sous et dans la falaise ; "fagus" (hêtre) "Fascius", nom du propriétaire gallo-romain : supposition gratuite ; "Fay" (temple) et "ussel" "lieu élevé), en relation avec le temple découvert à Rigant : seulement, il est romain, et ces racines sont celtiques ... aurait-il été précédé d'un monument druidique, comme le suppose l'abbé Combelles ? Hypothèse incontrôlable ; « fais » (fardeau, en occitan), par référence à la difficulté d'accéder à un village en nid d'aigle, surtout quand on est lourdement chargé : "Celui qui veut faire de sa fille une ânesse, qu'il la marie à Faycelles" dit un proverbe ; enfin, pour ceux qui rêvent aux jardins suspendus de Babylone, ou aux "bancales" espagnols, " faissa " (terrasse, en occitan) : allusion à la disposition des jardins et des vignes dont l'étagement est soutenu par d'innombrables murettes. Avouons-le : aucune de ces interprétations ne nous paraît recevable.
La suivante (R. Sindou) peut paraître plus plausible. Elle fait dériver le toponyme "Faycelles" primitivement écrit : "Fiscella", précisément de "fiscella", diminutif de "fiscus" (bénéfice). Faycelles serait tout simplement un fief de moindre importance dont les revenus auraient été attribués à un vassal, laie ou ecclésiastique. Philologiquement, cette interprétation est correcte. De plus, le mot est attesté par le Glossaire de Du Cange, dont l'autorité paraît mieux assurée que les dictionnaires classiques, pour la période du moins où le mot a dû se former. Enfin, l'histoire corrobore cette version, puisque Faycelles a été, du fait, propriété de Pépin d'Aquitaine, puis de l'abbé de Figeac, qui tous les deux le désignent comme leur domaine : "villa nostra".
Mais alors, s'il est vrai que jadis Faycelles fut un "petit bénéfice", par le fait même, le statut juridique de ses habitants, les "Fiscalini", s'éclaire. Du Cange, en effet, en parle dans son Glossaire.
Il existait, dit-il, deux catégories de "fiscalini" (ou villani = vilains) et leur condition était bien différente.
Tout d'abord, des serfs proprement dits, qui ne jouissaient d'aucun des droits des hommes libres. On les nomme dans les Capitulaires des rois Francs : "serfs fiscaux". Les Capitulaires du Roi Dagobert ordonnent d'agréger à cette caste, vraiment déconsidérée, toutes les personnes mineures qui entretiennent entre elles des relations illicites. Les Capitulaires de Charlemagne interdisent de donner asile aux serfs fugitifs qui cachent leur état social. S'ils commettent quelque faute, ils doivent être battus, ce qui constitue la peine des esclaves. On le voit, il s'agissait là d'un véritable régime de caste.
Mais il existait aussi, heureusement, un autre type de serfs plus indépendants. Ce sont des feudataires, des vassaux, des "tenants" ou des "homines fisci" oui, lorsqu'ils appartiennent à un fiscus royal, ce qui était le cas pour Faycelles, le l'oublions pas ("villa nostra"), sont même appelés "hommes du Roi". Leur sort est bien meilleur. Ils ont la terré par droit de propriété. Dans certains cas même, comme en témoigne le Charte de Charles III, roi des des Francs, les serfs possèdent 1.c quart du domaine et n'ont d'obligation envers leur seigneur que pour une seule journée de travail, en utilisant toutefois leurs bêtes et leur matériel. Augustin Thierry, dans son "Récits des temps mérovingiens", nous a laissé de ces "fiscalins" une description colorée. Tel devait être le sort des habitants de Faycelles.


DANS LA MOUVANCE DE L'ABBAYE DE FIGEAC.
Le fait. Le texte le plus ancien mentionnant Faycelles et son église de Sainte-Marie-de-Rigant comme dépendance de l'abbaye de Figeac est la Charte de fondation octroyée .à ce monastère par Pépin le Bref en 755. Dans ce document, adressé à tous les chrétiens, le roi annonce la construction de cette abbaye, lui transfère les biens provenant du monastère de Jovan, ou Juvan (probablement Lunan) et énumère ses appartenances, parmi lesquelles notre village : "Conferimuetiam villam nostram quae dicitur Fiscella cum ecclesia de Reganto" (15).
Malheureusement, ce manuscrit est un faux, fabriqué, selon toute vraisemblance, vers 1085, à l'occasion du fameux procès qui dressa, à cette époque, l'une contre l'autre, les deux abbayes rivales de Conques et.de Figeac. Son but manifeste est de démontrer la subordination de la première par rapport à la seconde.
Néanmoins, même si le "terminus a quo" se situe au XIIe siècle, cette pièce atteste l'ancienneté de notre rattachement à l'abbaye de Figeac. Cela suffit à l'objet de notre étude.
Cette subordination est confirmée par la suite par des documents d'une authenticité indiscutable. Ainsi, la chronique du monastère de Figeac signale qu'en 1146, l'abbé Adalger fit une chute de cheval et se cassa une jambe au château de Faycelles, au cours d'une visite qu'il y faisait en tant que suzerain. En 1257, l'évêque de Cahors contestait les droits de l'abbé sur certaines églises de la région, et notamment sur celle de Sainte-Marie-de-Rigant. Un acte de 1265 qui fixait l'attribution des églises relevant de l'abbaye à chacun des dignitaires du monastère, précise que l'église de Rigant fut une de celles qui étaient rattachées à la manse abbatiale. Vers 1557, selon Champeval de Vyers se référant aux papiers de M. de Gironde de Faycelles, le Chapitre en corps percevait dans la paroisse le revenu du Mas de Labat (16). Cette ferme, située au Mas de Castagner, était tenue jadis, aux XVIIe et XXVIIIe siècles, par une branche de la famille Jausions, précisément surnommée Labat (en occitan : l'abbé). Enfin, c'est un fait que l'Abbé de Figeac tenait château à Faycelles, comme en témoignent de nombreux actes datés de ce lieu. Le site en faisait un centre de villégiature agréable. Jean de Narbonnes, notamment, y fit de fréquents séjours vers 1455. La dépendance de la seigneurie de Faycelles par rapport à l'abbaye de Figeac ne fait donc pas de doute, au moins à partir du XIe siècle.
Les droits. En tant que seigneur temporel, l'Abbé de Figeac exerçait à Faycelles le droit de justice. Le souvenir des fourches patibulaires se retrouve dans le nom, aujourd'hui inusité, mais attesté au XVIe siècle, d'un lieu-dit : "Les Fourches", au sommet de la colline des Arnauds, à proximité de l'intersection de deux voies antiques : le chemin de Toirac à Figeac, et celui de Carayac à Capdenac. Le chanoine Albe, dans ses notes, mentionne même un "puech de las justitias", dont il ne reste pas de trace dans la mémoire collective et qui s'identifie sans doute avec le précédent.
L'Abbé de Figeac arrentait les terres qu'il possédait à Faycelles. Les tenanciers lui en rendaient hommages. Des fermiers généraux étaient chargés de recueillir les redevances pour le compte du seigneur. De nombreux actes font foi d'un tel statut économique. Notamment : l'acte de dégrèvement de 1394, destiné à repeupler Faycelles après le cataclysme de la Guerre de Cent Ans ; l'acensement à Bernard Lavernhe, en 1432, du moulin bâti sur le ruisseau de Gaillot (actuellement : moulin Borie), moyennant six setiers de froment, mesure de Figeac, l'acensement, aux mêmes conditions, aux frères Cabriers, en 1478, d'un autre moulin situé sur le Lot (actuellement : domaine Cavalerie), à une époque où la rivière venait baigner le pied des collines.
Il percevait en outre la dîme. Une hutte de pierre, ou "caselle", sise au Batut, porte encore de nos jours le nom de "caselle de la dîme", parce que c’est là qu’on en rassemblait le produit.
En 1630, elle correspondait au onzième de la récolte. L'Abbé en abandonnait une partie au curé pour sa portion congrue. Elle rapportait alors 150 charges de froment et 150 charges de vin.
Dans l'acte de dégrèvement de 1394, sont enfin mentionnés comme impôts dus à l'Abbé : le cens (droit sur les terres), la taille (taxe sur les personnes et les biens), la rente- en espèces ou en nature - (à la suite de l'aliénation d'un fonds), la bladade (redevance en grains pour chaque bête de labour), la dîme des récoltes, et les droits de justice.
Outre l'Abbé de Figeac, étaient possessionnés aussi à Faycelles : les seigneurs de Béduer, de Capdenac, de Larroque-Toirac ; à certaines époques, les Bénédictines de Londieu, le prieuré d'Espagnac, la dame de Leymei mais surtout des bourgeois de Figeac, grands accapareurs de terres au détriment de l'abbaye qui les vendait pour résoudre ses problèmes financiers.
Les litiges furent fréquents, on l'imagine sans peine. Ils se produisaient soit avec les tenanciers - ainsi en 1473, Pierre de la Bessière et Etienne Agelou étant syndics, plusieurs causes sont pendantes devant les "Grands Jours du Duc d'Aquitaine"- mais surtout avec les seigneurs voisins.
Il faut dire que l'enchevêtrement des juridictions était alors inextricable. Ainsi, en 1230, Arnaud Barasc de Béduer ne revendiquait rien moins que les droits sur la seigneurie même de Faycelles : il fut débouté de ses prétentions. "Arnaud Barasc, dit la sentence des prud'hommes, paiera, quittera, déguerpira et se désemparera, pour lors et pour toujours, en faveur de l'église de Figeac, de l'Abbé et dudit couvent, tous les droits, la directe et les actions qu'il a, devait et pourrait avoir en la ville et seigneurie et appartenances de Faycelles, sauf pour ce qu'il a au communal dudit lieu". De même, au XVIIIe siècle, des difficultés surgissent avec le seigneur de Capdenac au sujet de certains hameaux tels que La Cassagnole, La Madeleine, La Valade, etc. ...
LA BASTIDE DE FAYCELLES.
Dans la première moitié du XIIIe siècle, lors du mouvement communal, à une date incertaine que l'on peut situer vers 1230, par référence aux localités avoisinantes et à' la dernière trace d'occupation de la "Crosa de La Mostarda", les coutumes de Faycelles furent reconnues par l'Abbé de Figeac.
Le village abandonne le pied de la falaise. Il y fut relayé par une léproserie, attestée par un legs que fit, en 1343, le cardinal de Montfavet, en faveur des "cassotz" de Faycelles par l'intermédiaire de Bertholomévia, tante d'Arnaud de Bouxal, commanderesse de ladite "malaudia".
Il s'établit sur la crête voisine où il s'érigea en bastide. Les documents de l'époque parlent à son sujet de "La Bastizo", et l'actuel "fond de Faycelles", situé au pied de l'ancien château, est désigné par l'expression : "polio de la bastizo". Les rues se coupent en angles droits selon une disposition caractéristique des bastides de ce temps-là, visible encore de nos jours sur le terrain, plus encore sur la carte dite " du Consulat", conservée aux Archives du Lot. Celles qui dévalent vers l'Est débouchaient sur l'ancien chemin de Toirac à Figeac, par un goulot à visée défensive dont il reste encore un témoin. Sur le pourtour, les maisons aux murs élevés, aux ouvertures placées très haut pour être inaccessibles, formaient remparts à elles seules. Les toponymes encore en usage sont typiques : La Barrière, Le Portail, La Tourelle. Ceux que l'on trouve dans les documents du passé ne le sont pas moins : la maison du "Fort", la "Terrasse", la place "Gaillarde", la "Porte Faute", la Porte Basse", le "Barri de Callot", le "Barri de Carbes" …

Peut-être le château était-il antérieur à la bastide. En effet, selon Champeval de Vyers (16), vers le IXe siècle, L’Abbaye de Figeac avait construit, pour sa défense, une ceinture de fortifications qui le protégeaient de tous côtés.

Il est possible que celui de Faycelles l'ait couverte sur les rives du Lot. Ce qui expliquerait que, vers l'an 1037, déjà, selon Guillaume Lacoste, vers 1155 selon Debons, Adalger, quatorzième Abbé de Figeac, ait fait, au cours d'une visite seigneuriale, une chute de cheval au "château" de Faycelles.
A en juger par la description qui en est faite dans l'acte de vente de 1756, il comportait un local, une enceinte et un patus. Le local était situé sur l'emplacement actuel de l'église. L'enceinte passait certainement par la maison Denoits. Le patus s'étendait entre les deux. Une chapelle existait dans ce château : sa présence est déjà suggérée, par voie d'opposition, par la dénomination d' "Eglise Basse" attribuée à Notre-Dame de Rigant ; elle est attestée en outre par un acte de mariage célébré en 1456 "in capella dicti castri", plus tard par un devis de réparation de la maison Denoits, enfin par un acte d'abjuration du protestantisme qui se déroula dans la chapelle du château le 3 juin 1677.
Une maison sise dans le patus, largement ouverte sur la vallée, comportant jadis deux cheminées monumentales, devait constituer la salle des gardes.
Les "Heures" du château de Faycelles sont le reflet de l'histoire du pays. En 1369, il tomba aux mains des Anglais. Relevé après la Guerre de Cent Ans - un acte signale une "muretta nova" en 1463 - il est, au XVe siècle, la résidence d'été des Abbés de Figeac qui y signent de nombreux documents. En 1476, Amalric Quellenetz est capitaine du fort pour le compte de l'Abbé. Le capitaine Marquès le commanda plus tard, au moment des Guerres de Religions, pour le compte, cette fois, des Hébrard de Saint-Sulpice qui ont, entre temps, acheté la seigneurie, ainsi qu'il sera dit plus loin. Les Catholiques de Figeac, persécutés, après la prise de la ville par les Protestants, à la suite de la trahison de la femme du premier consul qui leur en livra les clés, se réfugient, en partie, derrière ces murailles et en renforcent la garnison. C'est de là qu'ils feront, avec les gens de Faycelles et de Loupiac, une tentative pour libérer Figeac qui restera aux mains des Huguenots. Mais Faycelles en commande l'accès par un côté et généra considérablement le ravitaillement, plus important alors que les dogmes en litige. Aussi, les Protestants viendront-ils, le 3 avril 1589, assiéger le château de Faycelles et le bombarder avec leurs pièces d'artillerie. C'est là enfin que vécut le neveu du Père Descrozailles, martyrisé à Figeac, dans le couvent des Augustins dont il était le supérieur. Le château résistera cette fois à tous les assauts et il faudra, à la fin du conflit, que le chef de la Ligue en personne vienne désarmer les Catholiques de Faycelles et les persuader de la sincérité d'Henri IV converti au catholicisme.
De nouveau, en 1614, lors d'une reprise des luttes religieuses, les Catholiques de Figeac viendront chercher refuge à l'abri de ses remparts.
Mais justement ces derniers soubresauts des Guerres de Religion ont manifesté une fois de plus le danger que faisaient courir au pays les rivalités féodales. La politique de Louis XIII, aidé en cela par le cardinal de Richelieu, sera dominée par le souci de centraliser le pouvoir. Dans ce but, l'assemblée des notables de Paris, réunis par le Roi en 1626-1627, décrète le démantèlement des forteresses, signe efficace du pouvoir des Grands.
Le château de Faycelles qui avait eu naguère son époque de gloire, no-notamment combe uni des principaux bastions de la résistance catholique dans le Figeacois, fut dès lors abandonné. Le seigneur de Montsalès, qui en était devenu propriétaire, n'apporta aucun soin à l'entretenir. En 1750, Jean Bazelle, marchand du lieu, en rachète les ruines et les dépendances. Durant la Révolution, Charles Puel de Gaillot se portera acquéreur de ce qu'il en reste, croyant que cette propriété est tombée dans le domaine des biens nationaux. Il sera débouté de sa requête. Le 16 février 1811, le droit de propriété est confirmé à Pierre Bazelles. Mais un peu plus tard, en 1845, le Conseil de Préfecture déclarera que, le propriétaire ne payant plus les rentes, et le créancier
ayant disparu, la commune devenait de plein droit possesseur des ruines du château et de son emplacement. La municipalité fit enlever une partie des déblais qui encombraient la place et les rues adjacentes ; elle fit niveler le terrain en construisant un mur d'un mètre cinquante de hauteur. C'est sur cet emplacement que sera édifiée, en 1886-1888, par l'abbé Combelles, l'église actuellement existante.
LE XVe SIECLE.
Faycelles était sorti exsangue de la Guerre de Cent Ans. Quand les Anglais prirent le château en 1369, il n'y eut aucun rescapé : tous les habitants étaient fugitifs, tués ou prisonniers. Pendant vingt-cinq ans, le pays resta désert. L'Abbé de Figeac s'en plaint amèrement dans un document de 1394.
En effet, cette année-là, pour repeupler ses terres, par acte notarié il promet à tous ceux qui viendraient s'y installer l'exonération de tout impôt pendant quatre ans. Deux familles, cette année-là, s'y étaient établies : Jean de la Roquette et Gaillard Dominici, un nouveau venu et un ancien.
De toute part, la population afflue, de la montagne surtout, l'homme subissant inéluctablement l'attrait des terres plus chaudes, selon la loi dûment établie par Emmanuel Le Roy Ladurie dans "Les paysans de Languedoc".
Quelques lignes maîtresses se dégagent de la confrontation des documents de ce temps-là. L'ancienneté de certains patronymes qui figurent encore dans les premiers registres paroissiaux conservés de 1675 : Perrié, Henric, Laborie, Autruy, Galieu, Bouyssou, Delbos, Delcamp, Valet, Cavarroc, Delort, Labeyssière, Delsal, Bessière, Jausions, Marquès, Verdier. L'exogamie, importante à Faycelles à toutes les époques, s'affirme déjà : treize cas sur dix-sept mariages. La nécessité de réduire les frais généraux, de réinvestir dans l'exploitation en cette période de dé-frichement favorise la cohabitation des ménages, des générations et durant un temps assez court du moins, le phénomène de l'affrèrement, le même domaine étant cultivé dans l'indivis par plusieurs frères. La multiplication des mariages et des transactions, l'apparition de nouveau lieu-dit, le rétablissement du commerce attesté par la diversité d'origine des étoffes apportées en dot, manifestent une reprise importante de l'activité économique. Surtout l'acensement successif de trois moulins; à Lavernhe, sur le ruisseau de Gaillot, en 1432 ; à Jean Valeta et à Guillaume Perrié sur le Basacle à la Cassagnole en 1465 ; aux frères Cabriers, sur le Lot en 1478, rythme l'accroissement constant de la population à nourrir.
Les ruines de la Guerre de Cent Ans sont relevées, les remparts sont reconstruits : ainsi, le 17 janvier 1463, l'Abbé acense un patus pour bâtir une maison dans les appartenances du château, près de la "muretta nova" dudit castrum. Les maisons ruinées sont reconstruites en utilisant comme matériaux de réemploi les pierres des anciennes demeures incendiées par les Anglais et les routiers. Ce qui explique que nombre d'habitations actuelles portent encore la marque visible du feu, dans les caves surtout. De cette époque aussi datent sans doute les nombreuses cheminées qui ornent certaines vieilles bâtisses.
Les tenanciers de l'Abbé sont tenus d'assurer à tour de rôle la garde du château. L'activité professionnelle reprend peu à peu son visage divers. Certes, elle reste essentiellement agricole, conformément à la vocation du pays. Mais elle exige le concours de nombreux corps de métiers qui réapparaissent les uns après les autres : le meunier, ainsi qu'il vient d'être dit, le charpentier (1456), le charron (1451), le forgeron (fabre), le cordonnier (semellator ou sutor), un chaussetier et un payrolier (chaudronnier) en 1476. L'indispensable notaire enfin, dont on médit souvent pour son âpreté au gain, mais qui est le meilleur auxiliaire de l'historien pour ces époques reculées, car il est, par fonction, "conservateur" du passé.


STRUCTURES RELIGIEUSES.
Le premier indice du christianisme à Faycelles est une croix de pierre grossière, décrite plus haut, découverte dans une tombe d'enfant de la nécropole barbare des "Sarrasins", au-dessus de la tête du mort, datant du Ive - Ve siècles. Il est impossible de dire par qui, comment et quand l'Evangile fut apporté dans notre localité. Peut-être les propriétaires citadins, déjà convertis, refluant vers leurs domaines ruraux sous la poussée des Barbares installés dans les villes, selon la thèse la plus communément reçue de nos jours. La Charte de Fondation de l'abbaye de Figeac, qui remonte au XIe siècle, aux dires des experts, mentionne l'église de Rigant comme une-dépendance du monastère. Un texte de 1625 la désigne comme rattachée à la manse abbatiale. Le Pouillé de Louis Greil, qui date des environs de l'an 1450, la déclare "ad praesentationem abbatis".
De tous ces textes, il ressort que cette paroisse était un prieuré régulier dont le titulaire était l'Abbé de Figeac. Celui-ci exerçait son ministère par l'intermédiaire d'un "vicaire perpétuel". Ce vicaire était prêtre, moine ou séculier, choisi par l'Abbé, possédant les qualifications requises, auquel l'Evêque de Cahors conférait la juridiction, après simple vérification de son identité. Il résidait à Faycelles et recevait la portion congrue. Ce salaire correspondait, en 1630, au tiers de la dîme. Il semble qu'il participait dans la même proportion à l'entretien du lieu du culte. Souvent, il s'adjoignait à son tour un collaborateur pour le service de la paroisse. Le fait paraît plus fréquent après la Guerre de Cent Ans. Cette situation canonique était, il faut l'avouer, assez ambigüe. D'une part, elle plaçait la paroisse sous la dépendance de l'Abbé et lui reconnaissait les droits de présentation au vicaire perpétuel. D'autre part, l'Ordinaire jouissait des droits de juridiction et conférait les pouvoirs au candidat qui devait exercer, au nom de l'Abbé, les fonctions de curé. Il était inévitable que des conflits surgissent entre les deux autorités co-responsables. C'est ce qui arriva notamment en 1257, 1274 et 1299. La première église fut construite à Rigant, sur un temple romain dédié peut-être à Mercure. Cet emplacement semble avoir été choisi pour une triple raison : le souci de substituer un sanctuaire chrétien à un lieu de culte païen le respect des prescriptions de l'Eglise concernant l'ensevelissement des morts à proximité de la chapelle ; enfin la facilité d'accès pour les hameaux dispersés dont elle était le centre religieux et dont ce point est le centre géographique. Désaffectée au début du XVIIIe siècle après la construction d'une seconde église dans le jardin de l'ancien presbytère, au milieu du bourg, elle fut vendue, au moment de la Révolution Française, comme bien national. Des ruines importantes subsistent, notamment une chapelle latérale dont la voûte s'est effondrée.

La physionomie de cette église nous est suggérée par un devis de réparation conservé aux Archives du Lot. A la lumière de ce texte, et en le complétant par quelques éléments empruntés à d'autres documents, nous pouvons très bien reconstituer cet édifice. Il comporte un clocher recouvert de "lauses", dans lequel il n'y a semble-t-il, qu'une seule cloche. Le portail situé sur la face ouest est orné d'un cocar. A l'intérieur, où l'on accède par quelques marches descendantes, existe une tribune dont l'habillage (ou retribune) est destiné à masquer l'escalier qui passe par derrière et permet d'accéder au clocher. Le sol est constitué par un p:anz.ner. Les murs, sur leur face interne; sont blanchis à la chaux. De part et d'autre du choeur, à la hauteur du transept, deux chapelles : celle de Saint Georges, à droite, en entrant, dont les ruines sont encore debout et qui abrite le caveau de la famille Denoits-Lafon ; à gauche, celle de Saint Michel dont l'existence et le nom sont attestés par le testament du Sieur Savary de la Saigne. C'est dans cette chapelle que l’on conservait le Saint-Sacrement. L'ensemble de l'édifice, de style nettement roman, est orienté Est-Ouest.
La croix de pierre, située à l'entrée du cimetière, semble porter la date : 1160. Une telle lecture, difficile en raison de l'érosion, est plausible. En effet, selon Debons, ce fut Gerber, moine d'Aurillac, futur pape sous le nom de Sylvestre II, qui, déjà inventeur de l'horloge à balancier, introduisit en France le chiffre arabe. Or il mourut en 1003. La datation correspondrait en gros à l'époque à laquelle on fait communément remonter la Charte de Fondation de l'abbaye de Figeac dans laquelle est mentionnée pour la première fois Notre Dame de Rigant comme dépendance de ce monastère bénédictin.
D'autres lieux de culte existent dans la paroisse ; au Mas de Noyer, qui est un centre de dévotion mariale depuis le début du XVe siècle, selon la tradition ; à La Cassagnole, siège d'un prieuré dépendant de l'abbaye de Figeac. Ce prieuré est mentionné pour la première fois dans le testament d'un habitant de Capdenac en 1278. Le titulaire de l'église était Saint Blaise. Il reçut, en 1286, la visite de l'archevêque de Bourges qui y conféra le sacrement de confirmation. Il fut, en 1314, le théâtre de graves désordres qui entraînèrent une visite canonique de l'Abbé de Cluny dont relevait l'abbaye de Figeac. Peut-être faut-il rattacher à cet épisode l'existence à Montsalvy (Cantal) attestée par Abel Beaufrère, dans son livre sur cette localité, d'une chapelle dite "du Reclus", en souvenir, selon la tradition, d'un Religieux de Faycelles, convaincu de sortilèges ou d'insoumission, qui aurait expié en cet endroit les égarements de sa conduite. Quoi qu'il en soit, le prieuré de La Cassagnole eut beaucoup à souffrir des ravages de la Guerre de Cent Ans. Il disparut sans doute au moment de la sécularisation de l'abbaye et le hameau fut rattaché paroissialement à Faycelles. Ses ruines furent vendues, comme bien national, le 2 Thermidor de l'An II, à Maître Paul Theillard, notaire public du lieu.
Enfin, le village de La Madeleine, actuellement dépendant de la commune de Faycelles, constituait alors une paroisse indépendante, desservie par les moines du prieuré de La Cassagnole. La dénomination primitive de cette paroisse était jadis Saint-Perdoux-d'Escadasse. Elle était située sur un lieu de passage du Lot, comme un relais sur une vieille route de Saint-Jacques-de-Compostelle que les pèlerins empruntaient pour se rendre par le Puy, Conques, Montredon, Figeac, L'Hospitalet et Moissac/ vers le grand sanctuaire espagnol du Moyen Age. Notamment le tronçon Saint Jean de Mirabel - Les Couquets - L'Aiguille - La Cassagnole, qui suit la crête entre les deux vallées du Lot et du Célé, est typique du tracé habituel de ces anciennes Voies.

L'ALIENATION DE LA SEIGNEURIE AU XVIe SIECLE.
La décadence de l'abbaye de Figeac au XVIe siècle et la sécularisation en fut la conséquence, en 1536, expliquent l'aliénation de la seigneurie de Faycelles en 1579.
Melchior de Lévis, fils aîné du comte de Caylus, avait été nommé par Charles IX pour succéder au cardinal d'Armagnac démissionnaire, à la tête de l'abbaye, comme Abbé séculier. C'est à la fin de son abbatiat que Faycelles fut vendu à Suzanne d'Estissac, qui avait épousé en secondes noces le comte de Caylus, Antoine
Lévis. Les liens de famille, on le devine, durent jouer un rôle important dans cette transaction à laquelle, par ailleurs, était acculée une abbaye qui payait alors un lourd tribut aux Guerres de Religion.
Madame de Caylus donc, de son nom de jeune fille Suzanne d'Estissac, avait -1-7:s.usé en premières noces, le 2 décembre 1565, Jacques de Balaguier, baron de Montsalès, surnommé "Le Brave", à cause de ses brillants services durant les luttes religieuses. Il fut tué le 13 mars 1569, à la bataille de Jarnac, gagnée par les catholiques sous les ordres du duc d’Anjou. De cette union était née une fille : Marguerite de Balaguier.
La veuve du baron de Montsalès se remaria le 16 août 1572, avec Antoine Lévis, baron, puis comte de Caylus, sénéchal et gouverneur du Rouergue. De ce mariage, elle n'eut qu'un fils : Jacques de Lévis, mort à douze ans, quatre mois seulement après son père. Marguerite de Balaguier, de ce fait seule héritière, épousa à l'âge de onze ans, par contrat passé au château de Montsalès le 16 novembre 1579, un des plus grands seigneurs du Quercy, Bertrand d'Hébrard, baron de Saint-Sulpice. Elle apportait en dot, dans sa corbeille de mariage, la seigneurie de Faycelles que sa mère, Suzanne d'Estissac, venait d'acheter pour elle à l'abbaye de Figeac. Ce rattachement à la maison des Hébrard de Saint-Sulpice est d'une importance capitale pour l'histoire de notre village durant les Guerres de Religion. Car c'est à l'efficace protection de cette puissante maison que le fort de Faycelles doit d'avoir résisté jusqu'au bout aux assauts réitérés des Protestants. Elle mit son point d'honneur à en faire un bastion inexpugnable, comme en témoigne une correspondance à ce sujet entre Madame de Caylus et sa fille. En effet, la famille des Hébrard régnait sur la vallée du Célé depuis le XIIIe siècle au moins. Elle était alliée aux plus illustres noms de la région : les Cardaillac, Les Gourdon, Les Vaillac, les Lauzières-Thémines, les Genouillac, les Estaing et les Arpajon. Elle avait fourni jadis de grands personnages de dimension nationale et n'avait rien perdu de son antique vigueur. Ainsi, le père de Bertrand, marié à Claude de Gontaud-Biron, était ambassadeur en Espagne en 1565, sous Philippe II. C'était un diplomate de grande classe. Il fut par la suite nommé gouverneur et surintendant du duc d'Alençon. Il pacifia le Poitou et la Saintonge en 1574 et fit appliquer, en 1579, les accords de Nérac. Mort à 62 ans, en 1581, il laissa le souvenir d'un pacificateur et d'un homme de bien, également estimé des Protestants et des Catholiques, comme on le voit dans une lettre écrite par de Mausse, le capitaine huguenot de Figeac, à Ma-dame de Saint-Sulpice.
La soeur de Bertrand, Catherine, épousa, en 1587, Pons de Thémines, seigneur de Lauzières, futur maréchal de France, celui-là même qui vint en personne à Faycelles en 1583 pour organiser la place et "conforter les bons catholiques". Plus tard, vers la fin du conflit, il y retourna pour désarmer les ligueurs, défenseurs opiniâtres de la citadelle, les persuadant de rentrer dans l'obéissance du roi. Enfin, le frère de Bertrand, après avoir été Abbé de la Belle-Perche, fut nommé évêque de Cahors en 1576. C'est lui qui, le 3 octobre 1589, avertit l'Abbé de Marcilhac que "quelque chose de sinistre" se préparait sur Faycelles, ce qui fit que Mr. de Thémines, ayant ouï cette nouvelle, partit aussitôt vers ces quartiers. En 1585, il siégea au Conseil d'Etat qui le chargea de maintenir le Quercy sous l'autorité du roi. Malheureusement, Bertrand périt à la bataille de Courtrai en 1587. Sa veuve, Marguerite, se remaria d'abord en août 1589 avec Blaise de Montluc qui était sénéchal d'Agenais ; puis, en troisièmes noces - il est vrai qu'elle avait commencé jeune, s'étant mariée pour la première fois à onze ans - avec Bertrand de Vignoles dit "La Hire". De son premier mariage avec Bertrand de Saint-Sulpice, était née notamment une fille : Claude d'Hébrard qui épousa, le 2 septembre 1604, Emmanuel de Crussol. C'est ainsi que, par voie d'héritage, Faycelles passa sous la tutelle de cette maison célèbre dont un rameau était implanté au château de Montsalès. Cette union fut stérile. A la mort de sa femme, Emmanuel de Crussol épousa en secondes noces Marguerite de Chasseron dont il eut six enfants. L'un d'eux, Alexandre Galliot, épousa Rose des Cars de Montai et de la Roquebrou.
C'est leur fils, Emmanuel de Crussol d'Uzès qui, en 1705, en exécution d'un édit royal, opéra la rétrocession de la seigneurie de Faycelles, qui fit alors retour à l'abbaye de Figeac, après une éclipse de plus d'un siècle.

LES GUERRES DE RELIGION.
Un premier combat se déroule à Ferrières, en 1569, Après la défaite de Moncontour, le 3 octobre de cette même année, les princes de Navarre, de Condé et l'amiral de Coligny avaient ramassé ce qui leur restait de soldats, et s'étaient dirigés sur Montauban pour apporter à cette ville l'appui de leurs armes. Comme le capitaine Cars gardait les passages de la Dordogne, la troupe fit route par Argentat et Beaulieu, traversa la rivière et se dirigea sur Capdenac pour investir la place. Elle prit au passage Saint-Céré, Sainte-Colombe où elle campa en rase campagne, évitant de s'enfermer dans les châteaux où les surprises étaient à redouter, évita Figeac qu'elle jugea trop bien défendue pour tenter une attaque, la contourna par sa droite et passa aux environs de Faycelles. Un détachement de reîtres campa au hameau de Ferrières. Le gouverneur de Figeac, seigneur de La Capelle Marival, envoya ses hommes pour inquiéter cette arrière-garde. Ils y coururent, firent des morts et des prisonniers, et se hâtèrent de rentrer à l'abri de leurs remparts. Cet épisode se situe à la fin d'octobre ou au début de novembre 1569.

Cette fois, la lutte est engagée. Elle va durer longtemps. Mais Faycelles bénéficiera, en cette circonstance, de conditions tout à fait favorables. Le château ne connaîtra pas, comme au temps de la Guerre de Cent Ans, la honte d'une capitulation. En effet, d'une part, ainsi qu'il vient d'être dit, les deux puissantes familles de Caylus et de Saint-Sulpice le protègent efficacement. D'autre part, la garnison va se trouver renforcée dès 1580 par l'arrivée d'une partie des Catholiques de Figeac. Les Protestants ont pris la ville, par la trahison de la femme du premier consul qui leur en a livré les clés. Leurs exactions contre les Catholiques sont intolérables. Ceux-ci, excédés, se dispersent dans les châteaux voisins de Sérignac, Saint-Dau et Gréalou. Faycelles aussi reçoit son contingent. De là l'opiniâtreté de la résistance qu'opposera jusqu'au bout la garnison.
Marquès commande le fort en 1579. Le nom de Gualieu est aussi mentionné comme capitaine pour la même année. Le 22 septembre, Marqués tente, avec ses soldats qu'il avait armés en secret, une opération sur 

Figeac alors aux mains des Protestants, Il s'empare des portes de la ville, à l'exception de celle du Criffoul qui a été prise d'assaut par les hommes du capitaine Murat de Loupiac. Malheureusement, les Protestants trouvent refuge dans la citadelle, où le gouverneur les reçoit à bras ouverts. Les Catholiques auraient pu s'emparer de cette forteresse s'ils ne s'étaient cas oubliés, par vengeance, à piller les maisons des Huguenots. Si bien que l'affaire en resta là, et la troupe victorieuse rejoignit Faycelles, sans avoir exploité à fond sa victoire.
Les escarmouches se multiplient. De part et d'autre, on fait des prisonniers. Ainsi le 3 octobre 1579, le vicomte de Gourdon intervient auprès de Jean de Saint-Sulpice en faveur d'un de ses sujets du nom de Caullet, dont le fils est le premier consul de sa ville et qui est "prisonnier entre les mains de Gualieu de Faycelles". Le 15 octobre de la même année, c'est Monsieur de Camburat qui s'adresse à Jean de Saint-Sulpice pour lui dire qu'il a fait tout ce qu'il a pu pour obtenir l’élargissement de Rodergues et Ampelli qui lui avaient été recommandés par lui, et par le comte et la comtesse de Caylus. L'ennui, c'est qu'ils sont entre les mains de plusieurs. Un commando les a arrachés des mains de Marquès de Faycelles « qui les voulait tenir ». Il va faire l'impossible cependant pour obliger Monsieur de Saint-Sulpice. Il trouve néanmoins que certains Catholiques y vont un peu fort pour les rançons. En 1581 (ou 1589, selon le manuscrit de Salvat), un rassemblement de troupes s'est fait au château de Faycelles en vue d'attaquer Montbrun et Brengues. Mr. de Suzanne l'annonce à Jean de Saint-Sulpice dans une lettre datée de Gréalou. Cette même année, le capitaine protestant de Mausse s'empare du château de Sérignac qui est livré par son propre maître. Les Catholiques de Faycelles n'ayant pas voulu imiter sa lâcheté, de Mausse se met en route avec son artillerie pour les attaquer. Marquès, qui commande le fort, se porte au-devant de lui avec les soldats de Toirac et du voisinage. Il disperse l'avant-garde ennemie et contraint de Mausse à lâcher pied, et à faire retraite sur Figeac où il court s'abriter derrière les remparts qu'il fait renforcer. En 1583, Roquefort, seigneur de Corn, de retour dans son château depuis la fin de l'année précédente, reprend malgré son grand âge, la lutte contre les Huguenots. Figeac, Cardaillac, Espédaillac sont plus que jamais "pleins de gens de guerre et de ceux de la R.P.R. (Religion prétendue réformée, selon le sigle de l'époque). Les insurgés menacent Faycelles où le maréchal de Thémines vient, en personne, conforter les bons Catholiques et détourner l'orage". C'est que Faycelles, de par sa situation, occupe une place stratégique importante. En effet, cette place commande la plupart des voies d'accès qui convergent vers Figeac. Par suite, elle règle le trafic des denrées.
Or, précisément, la ville souffre d'une grande disette : une famine a éclaté en 1585, à la suite, sans doute, de da peste qui, l'année précédente, a emporté 2.500 Figeacois que sont venus secourir les Capucins de Cahors. Aussi les Protestants, au lieu de conserver les citadelles dont ils s'emparent, préfèrent monnayer leurs conquêtes. Le 2 avril 1586, Madame de Caylus écrit à Madame de Saint-Sulpice, sa fille, que les hérétiques ont abandonné un fort dont ils s'étaient saisis moyennant des charges de blé. En 1585, Maligny, neveu de Mr. de Mausse, amène une couleuvrine à Mandens, sur le Célé, près de Corn, et le château compose à 200 quartes de blé et 1.000 écus d'argent.
Il importe donc pour les Catholiques de tenir solidement le verrou que constitue Faycelles dans l'ensemble du système de défense. C'est pourquoi Madame de Caylus annonce à sa fille que son mari a renforcé la garnison de cette place, qu'il a pris toutes ses précautions de peur que "les Protestants ne voulussent assiéger Faycelles", qu'il est fermement déterminé à tout mettre en oeuvre pour défendre à tout prix cette citadelle "qu'il se mettra toujours en peine de secourir comme ses maisons propres".
En 1587, le seigneur de Sainte-Colombe, un certain Paramelle qui a plusieurs fois changé de 

camp, part attaquer Faycelles. Il rencontre sur sa route la garnison, la met en déroute et rentre à Figeac, sans pousser plus loin son avantage.
Le 3 avril 1589, Roquefort, seigneur de Corn, écrit à Mr. de Saint-Sulpice en faveur de Mr. de Parats, prisonnier, dit-on, des gens de Faycelles et que l'on veut, paraît-il, mener à Saint-Circq "pour le plus vexer et le tourmenter". Il s'excuse de l'importuner si souvent et lui demande, en même temps, d'écrire à l'Abbé de Marcilhac pour lui dire que "les forts ne sont guère bons et qu'il y a trop peu de monde pour les défendre".
Le 3 octobre 1589, l'évêque de Cahors, en l'occurrence Antoine Hébrard de Saint-Sulpice, dont il a été déjà question, mande d'Albas à l'Abbé de Marcilhac que "quelque chose de sinistre" se prépare contre Faycelles et que Mr. de Thémines est allé sur place réconforter le moral des troupes. C'est justement ce Mr de Thémines, beau-frère de Bertrand de Saint-Sulpice, seigneur de Faycelles, que le roi, après les Etats Généraux de Blois tenus en 1588, nommera sénéchal de Quercy, en récompense de sa loyauté. Un de ses premiers actes sera de venir en personne désarmer les ligueurs de Faycelles. Il les exhortera à être de bons serviteurs du roi, les assurera que sa conversion est sincère ; il leur fera comprendre que l'assassinat du duc de Guise est le résultat d'une querelle particulière et que l'union d'Henri III et du roi de Navarre n'a pour but que la pacification du royaume ; que s'ils veulent jeter bas leurs armes, il remettra les catholiques de Figeac en possession de leurs maisons et de leurs biens. Finalement, ils accepteront et Pons de Thémines, de son côté, tiendra parole. Dans une requête que ce dernier adressera à Mr. de Matignon pour lui demander des troupes que réclament divers seigneurs de la région, il est fait mention de cette reddition pacifique de Faycelles "qui depuis peu a reconnu l'autorité du Roi".
Ainsi se termine - momentanément du moins car une nouvelle flambée se rallumera au début du XVIIe siècle - une période particulièrement troublée de notre histoire locale. Ce qui frappe dans les documents rapportant les différentes phases de cette lutte intestine, c'est d'abord son âpreté. Ce n'est pas étonnant. Quand l'enjeu est le sacré, les combats tournent inévitablement au fanatisme. Il n'est pire guerre que les guerres de religion. On a, de plus, l'impression d'une confusion totale. Dans une guerre étrangère, du moins à cette époque, les camps sont bien délimités. Il n'en est rien dans les luttes où le profane se mêle au religieux. De là, des volte-face répétées, selon les fluctuations des intérêts personnels et politiques, des dissensions au sein d'un même parti, d'étranges compromis, par-dessus la tête des combattant, entre chefs de factions rivales. Enfin, nous saisissons sur le vif, à travers les documents du temps, empruntés pour la plupart aux papiers de Mr. de Saint-Sulpice le rôle capital qu'a joué Faycelles tout au long de ce conflit dans le Haut Quercy. Il le doit à la tutelle des hautes et puissantes familles qui l'ont soutenu, à l'appoint des Catholiques de Figeac réfugiés derrière ses remparts, à la ténacité de ses habitants, selon le témoignage de l'auteur des "Flosculi" dont il sera question plus loin, enfin à sa position stratégique entre Lot et Célé, au carrefour des routes qui conduisent à Figeac et par où passe le trafic des gens, des bêtes et des grains.
L'Edit de Nantes de 1598 va amener un moment de répit. Il ne sera pas, hélas, de longue durée. En 1603, 1608 et 1610, nous trouvons à la tête du château de Faycelles Gabriel Gualieu. C'est une période de calme. Mais en 1614, de nouveau la révolte gronde à Figeac. Les Catholiques, une fois encore, reprennent le chemin de Faycelles, Fons et Issepts pour recommencer le combat. L'année 1622 est particulièrement riche en évènements. Une application trop stricte de l'Edit de Nantes de 1598 a rallumé la guerre civile. Dans la région, elle a pris naissance à Montauban et, de là, s'est étendue dans le haut Quercy. Sully, ministre disgracié d'Henri IV, réfugié à Figeac et Capdenac, fut un signe de ralliement pour les Huguenots. Le meurtre d'un Catholique de Figeac au sortir de l'église abbatiale met le feu aux poudres. Les Catholiques, ne pouvant plus supporter plus longtemps
les brimades répétées des hérétiques, regagnent leur poste au château de Faycelles. Une lettre écrite à un de ses amis de Cahors par un officier du détachement de l'armée royale qui campe alors sur le plateau de Faycelles témoigne de leur détresse : "Je vous dirai, confie-t-il à son correspondant, que les Catholiques ont été plus maltraités qu'ils n'étaient jamais et tellement tourmentés que la plupart ont quitté leurs biens et moyens". Le 28 mars, le capitaine Pibrac, du parti catholique, après avoir établi un pont de bateaux sur le Lot, en face de Faycelles, alla surprendre pendant la nuit un fort construit par les troupes de Sully au port de Capdenac. L'ouvrage fut enlevé en trois quarts d'heure. De la centaine d'hommes qui le défendaient, cinq seulement Durent s'échapper "ayant remarqué que le signal (de ralliement) était d'avoir tiré sa chemise hors des chausses devant et derrière. Ils en firent de même et se mêlèrent ainsi aux soldats catholiques". Ils ne furent reconnus qu'au point du jour et longtemps après le combat, et "ainsi ils se garantirent de la mort". Le jour de Pâques, la lutte faisait rage à Capdenac où six compagnies du régiment de Pibrac incendiaient un fortin sur les bords du Lot et détruisaient un pont de bateaux que les Protestants avaient construit pour leurs communications avec les religionnaires du Rouergue. Le même jour, on se battait aux portes de Figeac. Des engagements avaient lieu sur le plateau de Faycelles où deux compagnies royales avaient été placées pour empêcher la jonction des insurgés de Cajarc et de Figeac. Mais le combat le plus important eut lieu du côté de Fons. Les troupes royales commandées par François de Cardaillac, seigneur de Lacapelle-Marival, infligèrent une défaite complète aux insurgés de Cardaillac que commandaient le fils de Sully, le comte d'Orval. Le 11 juin 1622, les Catholiques de Figeac réfugiés à Fons, Issepts et Faycelles, et autres lieux circonvoisins, tiennent une assemblée à Fons. Leur nombre est considérable. Le procès-verbal de séance ne comporte pas moins de 31 signatures. On décide de députer Mr. de Laporte, conseiller du Roi et juge en la ville et viguerie de Figeac, par devers sa Majesté, pour lui faire plainte des oppressions faites aux habitants de Figeac, tant par le seigneur duc de Sully que par le seigneur comte d'Orval, son fils, et autres de sa suite, faisant profession de la religion prétendue réformée et rebelles au Roi. Ils durent obtenir satisfaction puisque, le 9 juillet de la même année, les Catholiques fugitifs rentraient à Figeac. Aidés par les gens des paroisses voisines, accourus de plusieurs lieues à la ronde, ils démolirent entièrement la citadelle construite par les Protestants.


Misère et désolation ! Une fois de plus, le pays allait se remettre à l'ouvrage pour réparer les ruines qu'avait accumulées le récent conflit. Elles étaient considérables. A la fin de 1622, le régiment de Vaillac prit ses quartiers d'hiver aux environs de Figeac, "mais le pays était en friche et le régiment ne trouvait aucun vivre". Il dut décamper.
Une lettre conservée par Mr. Lafon de la Valleinerie est également significative. Elle est datée du 2 août 1622. Le destinataire en est Jean Peyrefiche qui fut consul de Figeac vers cette époque : il était sieur de Malaterre du chef de de sa femme. L'auteur de cette correspondance est Jean Viguié, bourgeois de Figeac et de Faycelles, époux d'Antoinette Gualieu, également de Faycelles. "Monsieur, dit-il, nous ayant les gens de guerre fort gâtés et ruinés pour longtemps qu'ils ont demeuré dans ce pays, (ce) qui est cause que nous vous prions nous accommoder d'une paire de pistoles pour subvenir à une affaire qui nous presse, et je vous les tiendrai en compte dûr, Monsieur, votre très humble cousin et serviteur". Mais surtout, nous avons, comme témoignages directs et autorisés, les procès-verbaux d'une enquête menée par Mr. de Poussagues, lieutenant principal du sénéchal de Cahors, sur les effets de la guerre de 1622 en Quercy. Ils donnent des détails très précis sur la situation du pays à cette époque.
"Méric Domergue, praticien de Cajarc, dépose être véritable qu'au commencement de l'année 1622, le seigneur duc de Sully et son fils, comte d'Orval, ayant pris les armes contre le Roi, ils auraient mis de grandes et fortes garnisons aux villes de Figeac, Cajarc, Capdenac, Cardaillac, et Monseigneur le Maréchal de Thémines en
aurait mises d'autres dans les lieux circonvoisins, lesquelles picorant et rognant les unes sur les autres, aurait enlevé tout le bestial de labourage, de sorte que cinq à six lieues à la ronde auraient été entièrement dévastées". "Méric Vilhiès, procureur du siège de Figeac, dit qu'il est très notoire que le seigneur duc de Sully et le comte d'Orval, son fils cadet, mirent une grande et forte garnison dans la ville de Figeac, de laquelle ils chassèrent tous les Catholiques, pillèrent, ravagèrent tous leurs biens au commencement de l'année passée 1622, ensemble mirent grand nombre de gens de guerre dans la ville et château de Capdenac, au fort de Cardaillac et firent rebeller la ville de Figeac ... pour résister auxquels désordres, ledit seigneur maréchal de Thémines aurait conduit la plus grande partie de l'armée du Roi et grand nombre de cavaliers et de gens de pied, lesquels auraient mangé et consommé tous les vivres, foins et fourrages que les Catholiques auraient sauvé des mains de leurs ennemis".
"Pierre Dalaman, docteur et avocat en la Cour, présidiale de Quercy, natif de la ville de Gramat, témoigne savoir que les villes de Figeac, Cajarc, Capdenac, Cardaillac, les châteaux de Carlux, La Treyne, les forts de Terrou, Vetrières et autres, s'étant révoltés en l'année 1622, les garnisons des gens de guerre, qui étaient en icelles, auraient tellement couru et ravagé le pays, qu'ils n'auraient laissé boeuf ni vache, ni autre bestial servant au labour et culture des terres".

LE MARTYRE DU PERE DESCROZAILLES de Faycelles,
Prieur des Augustins de Figeac le 23 décembre 1576.
Nous n'avons pas voulu interrompre le récit des guerres qui ont ensanglanté et réduit le pays à la misère à la fin du XVIe et au début des XVIIe siècles. Force nous est donc de faire ici un retour en arrière pour raconter un épisode douloureux de ces luttes religieuses : le martyre d'un enfant de Faycelles, le Père Descrozail-les, prieur des Augustins de Figeac. Le 23 décembre 1576, Figeac est prise : les Protestants font irruption dans la ville et se répandent dans les couvents pour en massacrer les religieux. Un détachement se porte sur la résidence des Augustins située au Faubourg du Pin. Le Prieur, le Père Antoine Descrozailles, y célébrait la messe. Ce religieux était originaire de Faycelles" Figeacensis patris, domo Phaycoelianus" dit le texte des "Flosculi".
Au moment où Les Protestants font irruption dans l'église, le célébrant vient de terminer la consécration. Il se hâte de consommer les Saintes Espèces. On essaye de lui arracher le calice de la bouche. Le prêtre résiste si bien que la coupe, dit-on, portait encore, au début du XIXe siècle, la trace des dents du confesseur de la foi. Irrités de n'avoir pu s'emparer des Saintes Espèces, les assaillants se jettent sur lui, déchirent ses habits sacerdotaux, le ligotent et le somment d'abjurer sa foi catholique. Le prêtre refuse. On le dépouille alors de ses habits, on l'attache sur un banc près de la cheminée de la cuisine où l'on allume un grand feu. En même temps qu'on le fait rôtir devant ce brasier, on fait couler sur son corps des gouttes de lard enflammé. Le souvenir de ce supplice s'est perpétué jusqu'à nos jours dans la tradition locale. Il a fourni le sujet d'un tableau, reproduit en double exemplaire, dont l'un était exposé dans le sanctuaire de Figeac, l'autre ornait le réfectoire du couvent de Toulouse. Peut-être est-ce celui de Figeac qui était au presbytère de Faycelles. Pendant ce cruel martyre, les bourreaux ne cessent d'insulter leur victime lui promettant toutefois de cesser leurs sévices s'ils obtiennent d'elle le reniement de sa foi. Le Père Descrozailles reste inébranlable. On le somme de révéler l'endroit où il cache l'argent du couvent. Le Père réfléchit un moment et consent à le leur livrer. Les bourreaux lâchent alors leur victime, le débarrassent de ses liens et l'abandonnent à son triste sort.

Le religieux se traîne jusqu'au pressoir de la communauté. Il y reste étendu sans recevoir aucun secours, tant est grande la panique dans toute la ville. Son neveu, qui habitait au château de Faycelles, ayant eu vent du supplice infligé à son oncle, accourut courageusement " a Phaycoelii castello" et réclama le corps du confesseur de la foi. « C’était un homme bon et juste qui attendait le Royaume de Dieu comme du reste tous les autres habitants de ce château" dit à son sujet, en latin, le texte des Flosculi, "lesquels habitants, pour affirmer leur foi chrétienne, confiants dans la solidité de leur place forte, parés contre toute attaque, n'avaient jamais prêté leur concours aux forfaitures des Calvinistes et, souvent même, avaient repoussé leurs assauts" - ce qui est un beau compliment, tant pour le neveu que pour les habitants de Faycelles dont la fermeté dans la foi est ici soulignée avec force. Après l'avoir cherché en vain dans tout le couvent désert, le jeune homme finit par découvrir son pauvre oncle à toute extrémité dans le pressoir. Il se hâta de le charger sur sa monture et de l'emporter à Faycelles, pour le mettre à l'abri des remparts qui, tant de fois déjà, avaient défié les assaillants. Malheureusement, les sévices avaient été trop violents et les blessures reçues ne pouvaient laisser espérer un rétablissement. De fait, au sommet de la côte, vers Ferrières donc, par où passait à cette époque le chemin de Figeac à Faycelles, le moribond rendit son âme à Dieu. Son corps fut inhumé dans le cimetière de la localité, dans un endroit volontairement tenu secret pour éviter que les Protestants ne viennent s'acharner sur son cadavre ; peut-être dans cet angle sud du cimetière où, dit-on, il ne faut enterrer personne "parce qu'un saint y repose".
Par ailleurs, l'abbé Combelles se fait l'écho d'une tradition encore vivante selon laquelle "en faisant la route qui va à Ferrières, non loin de la Croix Blanche, les ouvriers trouvèrent les habits sacerdotaux qui auraient enveloppé le cadavre du Père Antoine Descrozailles". On le voit, l'énigme du lieu de la sépulture reste entière.

LE XVIIe ET LE XXVIIIe SIECLES.
LA COMMUNAUTE. La Communauté de Faycelles était administrée, aux XVIIe et XVIIIe siècles, par quatre consuls ayant chacun leur rang. L'un d'eux, ou les quatre solidairement, font fonction de collecteurs d'impôts. Ils sont nommés pour un an seulement, en principe le l° janvier, date fixée par "une ancienne coutume", à l'issue de la messe, sur la place publique, devant l'église, sous l'ormeau. Toute la communauté est convoquée ; les participants, nombreux, sont dits constituer "la plus saine partie des habitants et paroissiens". Il y a là toute la bourgeoisie du pays, les marchands, les corps de métiers et les gros propriétaires, désignés généralement sous le nom de "laboureurs". Le notaire est toujours présent et dresse le procès-verbal de la séance.
Les consuls sont choisis sur une liste, dressée par Monseigneur l'Intendant ou son subdélégué à Figeac, en fonction de la fortune personnelle de chacun, car les collecteurs sont responsables sur leurs propres biens de la rentrée des deniers royaux. Pour cette raison, la charge n'est pas enviée. On la récuserait plutôt. Le climat de cette réunion ne ressemble en rien, on le voit, à celui des périodes électorales pour le renouvellement des conseils municipaux. C'est qu'en effet, le poste n'est pas une sinécure et tous le redoutent pour ses inconvénients. La responsabilité des consuls est polyvalente. Ils sont les percepteurs de l'époque. C'est Bonaparte qui créera plus tard, dans le cadre d'une réorganisation des finances, dont sa politique intérieure et extérieure avait besoin, un corps de fonctionnaires spécialisés dans le recouvrement de l'impôt. Pour l'heure, cette tâche est assumée par les consuls sur lesquels le pouvoir central se décharge du soin de tenir les cadastres et le porte-faix, de répartir les charges fiscales sur les "redevables", comme on disait alors, d'appliquer, avec le concours de l’appareil judiciaire, les
diverses les diverses pénalités prévues contre les contribuables récalcitrants, qu'il s'agisse de saisis de biens ou de logement d'archers. Ils sont également les recruteurs de soldats de milice et nous verrons plus loin les soucis que ce rôle leur occasionne. De plus, si des troupes logent à proximité en quartiers d'hiver, ils sont aussitôt requis de porter le fourrage et l'avoine dont la cavalerie a besoin et de lever les impôts militaires tels que le taillon, l'ustensile et l'étape. Ils interviennent dans les nombreux procès où la Communauté est engagée de façon quasi permanente. Ils gèrent les biens de la collectivité, président les délibérations sous l'ormeau, à l'issue de la messe dominicale ou des vêpres. Ils connaissent aussi des affaires de police locale et arbitrent les conflits entre particuliers pour obtenir des parties en cause un rangement à l'amiable moins coûteux que la procédure tatillonne de l'époque. Il faut reconnaître que, sous ce rapport, leur efficacité n'est pas toujours vérifiée, car l'esprit de chicane est assez à la mode, comme il arrive souvent entre gens pauvres qui défendent leurs biens avec d'autant plus d'âpreté que leur fortune est modeste. Ils sont souvent sur les routes qui mènent à l'Election (Figeac), à la Seigneurie (Montsalès) ou à la Généralité (Montauban), à moins qu'ils n'en aient appelé à la Cour des Aides de Toulouse et de Montpellier. Heureux encore si, pour y parvenir, quelque épidémie ne les oblige pas à faire un détour pour s'y rendre. Ils séjournent alors une semaine ou plus dans ces villes où ils ont leur procureur, tantôt croquant le marmot à la porte des commis de justice ou des hommes de loi, dont l'intervention est aussi nécessaire qu'onéreuse, tantôt comparaissant à la barre comme témoins pour défendre les intérêts de la Communauté dont ils portent, bien malgré eux, les soucis. Il leur arrive aussi de conduire à Rodez, Peyrusse ou Montauban des soldats souvent rétifs qui leur créent mille ennuis et qui n'ont de volontaire que le nom. Leur rôle en toute occasion est varié et le plus souvent ingrat.
Parmi tous les documents de l'époque qui nous font connaître ainsi indirectement leurs attributions, les plus instructifs sont, sans conteste, leurs états de compte. Ils sont si détaillés qu'il est possible, à travers la sèche nomenclature de leurs dépenses, de les suivre au jour le jour, tout au long de leur année consu-laire. En effet, en fin de mandat, ils remettent à la Communauté, après qu'il ait été vérifié et arrêté par un ou plusieurs contrôleurs, désignés par les administrés eux-mêmes, le bilan de leurs recettes et de leurs dépenses. Ils le font avec un luxe de détails et une précision qui témoigne à la fois de leur honnêteté scrupuleuse et des exigences très démocratiques des contribuables. A travers ces états, l'historien suit au jour le jour la vie de ces administrateurs bénévoles et polyvalents aux prises avec les tracas les plus divers.
Certes, il y a des ombres au tableau ; ils renâclent devant la fonction consulaire, parfois même ils la récusent carrément. Ils sont quelquefois en retard pour la faction du rôle ou le versement, entre les mains du receveur, des sommes levées en quatre tranches trimestrielles. Il leur arrive de se tromper dans leurs calculs. Ils ne rendent pas toujours à temps leurs comptes à la Communauté. L'administration centrale est là qui veille, qui stimule, menace et parfois inflige des amendes pour punir l'indolence.
Surtout, ils ont la lourde charge de répartir les impôts sur chaque tête. Bien sûr, ils ont avec le cadastre et le porte-faix une base objective qui leur permet une répartition équitable. Mais, allez donc convaincre le contribuable que la quote-part qui lui est assignée est juste ! Surtout quand celui-ci est insolvable, ce qui est souvent le cas en ces temps où les disettes sont fréquentes. Il leur faut procéder à des saisies de biens, mettre en branle l'appareil de justice contre les pauvres gens qui sont leurs compatriotes, parfois leur voisin,, qu'ils rencontrent quotidiennement sur les chemins qui mènent aux champs ou à l'église ; il leur faut dépêcher des archers qui vivent aux crochets de la famille jusqu'à ce qu'elle ait payé son dû. Demain, car leur mandat est de courte durée puisqu'il n'est que d'un an, ils rentreront dans le rang. Mais pendant ce temps-là, ils auront accumulé sur leur tête des inimitiés, voire des haines, qu'ils traîneront leur vie durant, parfois.
Par ailleurs, dans ses délibérations, la Communauté ne facilite pas toujours leur rôle. Loin d'entériner purement et simplement les suggestions des consuls, elle les discute, les modifie, les approuve ou les rejette, au cours de
débats parfois fort animés, qui mettent en évidence le caractère fortement démocratique de cette gestion communautaire. On le vit bien lors des discussions concernant le transfert de l'église. Le ton ne fut pas particulièrement amène.

LA PAROISSE. L'église de Faycelles, située à Rigant, à la distance d'un kilomètre du bourg, était de ce fait mal commode. Sa position écartée obligeait à des déplacements quotidiens. Il fallait, en outre, chaque fois, assurer dans les deux sens le transport des objets du culte, trop précieux pour être abandonnés dans un lieu désert. Surtout, l'édifice était laissé sans surveillance, à la merci des rôdeurs de toutes espèces. De nombreuses déprédations y avaient été commises. Un transfert s'imposait. Il avait été demandé par l'évêque, Monseigneur Alain de Solminhac, au cours de ses visites pastorales dans la paroisse.
Une première tentative pour résoudre le problème eut lieu en 1648. Elle avorta. Le projet fut repris plus tard, en 1695, avec succès, non sans peine. Il rencontra une opposition violente, de la part notamment des populations de La Valade et de Gaillot qui voyaient ainsi s'éloigner l'église. Les difficultés finan-cières furent grandes. La forte personnalité de l'abbé de Laurency, curé de Faycelles à l'époque, vint à bout des résistances inévitables qu'entraîne toujours le bouleversement des habitudes acquises. Le 16 juillet 1696, à la demande du curé et des habitants, l'évêque de Cahors promettait "aux dits paroissiens de construire (au sens de : "Caesar pontem fecit" ... ) une nouvelle église à l'endroit et place joignant la maison presbytérale du lieu". Ce qui fut fait en 1697. L'abbé Combelles nous a laissé la description de cet édifice qu'il a démoli en 1886 pour construire l'actuel lieu de culte. Ce bâtiment ne présentait aucun cachet : ce n'était qu'une vaste salle, sommairement ornée, qui n'avait rien de comparable avec l'église romane de Rigant. A peine terminée, elle s'avéra trop petite ; il fallut l'agrandir de trois toises. Mr. de Laurency, visiblement, avait sacrifié à l'utile et construit l'édifice en fonction des ressources réduites dont il disposait, trois ans après la terrible disette qui avait fait périr le tiers au moins de la population en une seule année. Les multiples réparations, devenues nécessaires en 1791, 1800, 1810, 1821, 1825 et surtout 1834, quand la toiture s'effondra, témoignent de la fragilité des matériaux utilisés.
Le transfert du culte dans la nouvelle église du bourg et la désaffection de Rigant à la fin de 1697 ne désarma pas les oppositions, bien au contraire. Un profond malaise s'ensuivit. Un procès fut intenté, devant l'évêque de Cahors, contre le curé, par les habitants de La Valade, le Mas du Noyer et Gaillot. Les décisions incohérentes de l'Ordinaire n'arrangèrent pas les choses. Des résistances se manifestèrent longtemps encore. Des habitants de La Valade se font inhumer dans le cimetière, sans la présence du prêtre et sans que le corps soit passé par l'église, fait inouï à l'époque. Un cas semblable se produit encore en 1732. Les rancunes sont tenaces. Notons cependant que c'est surtout à partir de 1711, lors de l'avènement d'un nouveau curé, que le conflit se rallume. La forte personnalité de l'abbé de Laurency avait fini par avoir raison des oppositions, non sans peine cependant. Il faut dire qu'à l'époque les curés régnaient sur leur paroisse. Déjà, dans la période précédente, avec les Lentillac, les Guisbert de Méalaret, les Bessières, la tendance dynastique était à la mode, les curés se succédant d'oncle à neveu. Le fait est plus frappant encore à partir du milieu du XVIe siècle où la sujétion de la paroisse par rapport à l'abbaye sécularisée tend à se relâcher. La cure de Faycelles devient alors en quelque sorte un bien de fille. De la famille des de Laurency qui se succéderont dans ce poste d'oncle à neveu, du début du XVIIe siècle jusqu'en 1734, en alternance d'ailleurs avec Livinhac qui semble être un autre fief de cette puissante maison de Figeac.


Ainsi, Jean de Laurency, d'abord curé de Faycelles où il est en fonction en 1624, permute le 26 août
1642 avec son neveu Etienne, curé de Livinhac. Antoine de Laurency, neveu de Jean, lui succède à la tête de la paroisse de Livinhac, puis devient curé de Faycelles. A son tour, Jean de Fontanel prend la relève : il adopte le nom de Fontanel-Laurency pour souligner fortement la continuité familiale car il est, par sa mère, le neveu d'Antoine de Laurency. Avec Jean Fontanel-Laurency s'éteignit à Faycelles cette dynastie. Les Jausions allaient prendre la relève, après l'intermède très court de Bertrand Maurandy. Bien que nés tous deux à Figeac, Mr. Antoine et Mr. Jean-Charles Jausions, qui devaient se succéder comme curés de Faycelles de 1735 à 1786, appartenaient à une très vieille famille faycelloise dont nous trouvons la première mention en 1523, en la personne de Ramond Jausions, notaire royal du lieue A toutes les générations, elle donne à l'église des prêtres nombreux et de valeur. Bien sûr, les intérêts matériels trouvaient leur compte dans ces successions quasi monarchiques. Les contrats de mariage des nièces, les testaments, les arrentements de dîmes, les largesses aux hôpitaux et autres institutions de bienfaisance, témoignent de l'aisance des titulaires de la cure de Faycelles. Quand ils résiliaient leurs fonctions, ils se réservaient dans le contrat une pension sur les revenus du bénéfice. Nul doute cependant que cette continuité pastorale n'ait été favorable à la vitalité de la paroisse. En 110 ans, elle n'aura connu que quatre curés, tous prêtres de qualité et tous issus de la même famille. De là sans doute l'enracinement dans la foi d'une population déjà marquée par sa fidélité au catholicisme durant les Guerres de Religion. Les vicaires aussi ont dû y contribuer. Il est difficile de dire quelle est leur part dans cette oeuvre commune ; leur succession est trop rapide pour que leur action soit durable. Ainsi, Antoine de Laurency, n'en eut pas moins de neuf treize défilèrent sous le règne de son successeur, Jean de Fontanel. En général, à en juger par leur patronyme, leur origine sociale est modeste. Leur écriture révèle une culture moyenne. Faycelles n'est pour eux qu'une étape. L'un d'eux cependant, Aygueparse, mérite une mention particulière pour la durée de son mandat qui se prolongea 24 ans, sous le règne de Jean-Louis Jausions. Natif d'Auvergne, où son patronyme est un toponyme, il fut ensuite curé des Arques. Insermenté en 1792, il accepta le serment de la Convention en 1795 et revint d'Espagne où il s'était exilé. Il fut déclaré exempt de la déportation.

EPIDEMIES ET FAMINES. La courbe des décès fait apparaître des pointes de mortalité à intervalles réguliers. On peut dire qu'en moyenne, tous les dix ans, une grosse ponction est faite dans la population. Ce laps de temps correspond à une période d'immunisation naturelle. De sorte que, sous ce rapport, les épidémies apparaissent comme un phénomène tragique de vaccination collective. Certaines crises sont particulièrement sévères. La peste de 1628, d'abord, qui affecta tout le Haut Quercy, Figeac notamment. Les notaires instrumentent "sur le pas de la porte" de la chambre des malades et "sans témoins" pour limiter les dégâts. Puis en 1653, c'est l'épidémie dite "de la Fronde", consécutive à plusieurs années de mauvaises récoltes. Les testaments prolifèrent. Les notaires ne savent où donner de la tête. Les médecins non plus, ainsi que les "parfumeurs" venus de Montpellier ou d'Aix-en-Provence pour conjurer le mal en faisant brûler des herbes. Les croque-morts surtout, les fossoyeurs et le clergé qui enterrent à tour de bras. Il est souvent bien difficile de discriminer la nature de la crise. En effet, disette, famine et épidémies se conjuguent en s'appelant mutuellement. L'épidémie enlève les bras au travail de la terre et engendre des récoltes déficitaires. Le famine à son tour débilite les corps et prépare la voie aux invasions microbiennes. Il en va ainsi de la crise de 1693 -1694 qui fit en un an 210 victimes sur une population estimée à cette époque à 5 à 600 âmes. La famine est au départ de cette mortalité exceptionnelle. Sans cela, on comprend mal l’afflux soudain des mendiants qui viennent mourir à Faycelles en si grand nombre. Par ailleurs, l’examen de la courbe des décès fait ressortir des pointes régulières précisément aux époques de soudure, c’est-à-dire d’avril à juin La disette toutefois s’accompagne de la contagion, selon le processus défini précédemment. 

Une sélection des plus forts découlait naturellement de cet état de chose. La robustesse légendaire de nos aïeux passait par le sacrifice des faibles. De plus, la mentalité s'en ressentait : une population qui vivait constamment sous la menace- de la mort, qui voyait périodiquement les familles décimées, pour qui la maternité était toujours une aventure, ne pouvait pas ne pas être marquée dans sa psychologie profonde par ce rappel constant de la précarité de l'existence.

AFFAIRES MILITAIRES. C'est durant cette période que fut institué, timidement, par Louvois, le recrutement des soldats de milice destinée à doubler l'armée de métier et fournir aux frontières menacées une première couverture. Cette mesure fut impopulaire. On pourra lire ailleurs (17) le récit des tribulations endurées par les quatre consuls de Faycelles en de telles circonstances, notamment lorsqu'éclata au début du XVIIIe siècle la Guerre de Succession d'Espagne. L'affaire prend à distance une allure de farce. Elle dut plutôt être ressentie comme un véritable drame par ceux qui en furent les protagonistes. Le scénario, en pareille occurrence, était invariable. Monseigneur l'Intendant, par son subdélégué en résidence à Figeac, mandait aux consuls en exercice de désigner un ou plusieurs soldats de milice. Aussitôt, les administrateurs locaux convoquaient la population pour le dimanche suivant, au sortir de la messe. Là, en présence de "la plus grande et saine partie des habitants et paroissiens", on procédait au tirage au sort de la, ou des victimes. A l'appel de son nom, le malheureux, régulièrement, s'esquivait et prenait le maquis. Lorsque, après plusieurs jours de recherche, on réussissait à lui mettre la main au collet, on le conduisait derechef à Figeac pour être présenté au subdélégué de Monseigneur l'Intendant. Celui-ci, le plus souvent, le récusait, le trouvant trop jeune, trop grand ou trop petit, ou de complexion trop chétive, et l'opération était à recom-mencer. Si d'aventure il l'agréait, il se faisait aussitôt, par mesure de précaution, "mettre ès prison, afin de mieux s'assurer de sa personne".
Mais que faire en un gîte
A moins que l'on ne songe ?
Comme bien l'on pense, les rêveries du prisonnier n'avaient d'autre objectif que de se tirer du mauvais pas où, bien malgré lui, il avait été mis. Trois moyens s'offraient à lui, qu'il utilisait d'ailleurs concurremment. Tout d'abord, il intentait un procès aux consuls sous prétexte que sa nomination n'était pas régulière. Pendant que l'appareil de justice, lentement mais sûrement, se mettait en mouvement, il achetait, s'il était riche, une charge honorifique, celle de collecteur d'impôts, par exemple, ce qui l'exonérait de toute obligation militaire. Enfin, grâce à des complicités faciles, il se procurait des cantharides, insectes vivant sur la feuille du frêne et dont les piqûres sont vésicantes. Il en faisait un cataplasme qu'il appliquait aux jambes. Quand celles-ci étaient suffisamment ulcérées, il demandait la visite d'un chirurgien : lequel bien sûr, au vu de son état, s'empressait de le déclarer inapte pour les Armées du Roy composées, en ce temps-là surtout, de fantassins. Notre gaillard remontait alors au village, la tâte haute et le sourire narquois ... et les consuls, talonnés par l'administration, devaient reprendre à zéro les opérations de conscription.
De tels faits se produisirent en 1677, 1692, 1693, 1701, 1704, etc. ...
De nombreux Faycellois participèrent ainsi aux guerres de Louis XIV. Leur nom est connu souvent par le testament qu'ils font avant de partir, sans grand espoir de retour. La famille Denoits, implantée dans le pays depuis le XVe siècle, et dont l’influence y fut prépondérante à toutes les époques, donna à la patrie deux brillants officiers de cavalerie. L’un, Jean-François de Guy-Denoits, qui servit dans le régiment du prince de Lambesc et et participa à la bataille de Denain dont il fait la relation dans une lettre, conservée, à son père.

L'autre, Adrien de Guy-Denoits, qui fut d'abord corvette au même régiment, passa ensuite au régiment de Beaucaire, fut nommé Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis en 1735 et vint terminer ses jours à Faycelles.

LA POPULATION. Le nombre des habitants ne cesse de croître. Il passe de 600 environ en 1684 à un millier en 1789. La population se compose de bourgeois, d'agriculteurs et d'artisans. Le bourgeois est tantôt un propriétaire qui vit du produit de ses terres données en métayage, tantôt un personnage qui exerce une profession libérale : notaire, avocat, conseiller en Parlement, tantôt un commerçant, le plus souvent il est tout cela à la fois. Il joue un rôle social de premier plan. La voie d'accès à la bourgeoisie est généralement le commerce. Le processus débouche la plupart du temps sur la noblesse de robe. De sorte que, bien souvent, la bourgeoisie n'est qu'une étape dans la promotion sociale. Le bourgeois de Faycelles vit en symbiose étroite avec son milieu. Il est profondément religieux, donne des fils et des filles à l’Église. En politique, il est libéral. La Révolution trouvera en lui un allié. Il est un élément de stabilité, de dignité et en même temps de progrès économique et social. Tels sont les : Auguié (chirurgien et avocat) de Vaurs ; Ayral (avocat) ; Bazelles (marchand) ; Gualieu (notaire) ; Jausions (notaire-avocat) ; Lagentie (bourgeois) ; Lahugonie ( marchand-praticien) ; Thomas (praticien-greffier) ; Turelure (bourgeois) de Faycelles ; Belvezé (bourgeois) ; Cavarroc (marchand) ; Savary de Séguret (bourgeois) de La Valade et de la Métairie-Haute ; Capval (gens de robe) ; Desplas (noble) Vilhès (gens de robe) de Cap-Blanc; Froment (bourgeois) du Mas du Noyer ; Galtié (avocat) ; Puel (marchand) de Gaillot ; Rey (marchand) de La Madeleine ; Teilhard (notaire) de La Cassagnole. Sont apparentés avec des familles de Faycelles : le maréchal Ney, duc d'Elchingen et prince de la Moskova, le prince Murat, Isabelle de France, fille du duc de Guise (par les Auguié), Victor Delbos, professeur de Sorbonne et spécialiste de Kant, toute une dynastie de médecins chez les Puel, Champollion, le célèbre égyptologue, par les Gualieu. La classe sociale des agriculteurs comporte plusieurs niveaux : le travailleur ou "brassier" qui ne possède ni terre, ni instrument et qui ne dispose que de ses bras pour gagner son pain ; le "métayer", élément mobile. de la classe agricole qui s'installe pour un temps sur la terre d'un autre, avec qui il passe un contrat dont les conditions sont extrêmement variables, et auquel il paye une redevance, en espèces ou en nature, ou les deux à la fois ; le "laboureur" qui, lui, possède la terre qu'il travaille ainsi que les instruments. Il dispose d'un ou plusieurs domes-tiques. Comme il a du répondant, il est souvent consul ou collecteur. Socialement, il est l'égal de l'artisan et presque du bourgeois dont il se rapproche, jusqu'au moment où la Révolution les identifiera. Tels sont les : Blondès ; Tessel ; Fabril ; Manilève ; Verdié ; Cabanes ; Vacques ; Austruy ; Cavarroc ; Dournes ; Lacoste ;
Larnaudie ; Vialaret ; Bessières ; Bouby ; Bouyssou ; Cantaloube ; Day ; Francoal ; Laroche.
L'artisan a une mentalité rurale. Il vit au contact permanent de l'agriculteur dont il dépend. Il est lui-même partiellement exploitant car il cultive toujours quelques lopins de terre ou quelques arpents de vignes en dehors de ses heures de travail. Il manifeste un grand esprit de corps. Il constitue, par profession, des dynasties, le métier se transmettant de père en fils. Sur le plan social, il est l'équivalent du laboureur. Les métiers les plus représentés : le textile (cardeur, tisserands, tailleurs d'habits, peigneur de laine), le chanvre et l'élevage du mouton étant à l'honneur. Tels les Amouroux, Desplas, Fontalbar, Gasc, Henri, Lacam, Larnaudie, Marquès, Marty et Murat ... Les métaux (forgerons, serruriers, maréchaux-ferrants) : Bergon, Fabril, Falc, Escaut, Laborie, Olivier, Pontié… La pierre (maçons, faiseurs de meules) : Bouquié, Mourié, Tourtonde, Carrière ... La meunerie : Agelou, Alric, Cantarel, Gasches… On trouve encore : un paveur de rue, un fournier, des traginiers (voituriers), des hostes (aubergistes), des brossiers, des teuilliers (ou fabricants de tuiles) et le campanier (ou sonneur de cloches) sans compter les servantes, domestiques et valets qui font partie intégrante des familles qu'ils servent. Car les relations sont empreintes, en général, d'un grand esprit de solidarité accusé par les nécessités de l'entraide dans le travail à une époque où la machine n'existe pas ; par les rencontres à l'occasion des veillées, des fêtes et des cérémonies religieuses. L'esprit de chicane n'est pas absent toutefois. De nombreux procès sont pendants
entre particuliers. Un litige retentissant oppose tout au long du XVIIIe siècle les Denoits et les gens du Mas de Causse, à cause des terres de Caillot et du moulin de Poulseyran, par la faute du Lot qui, d'humeur fantasque, a changé de lit. L'affaire se termina au bénéfice des Denoits.
Le niveau d'instruction est relativement faible. L'analphabétisme est, à la fin du XVIIe siècle, de 91 %. Avec la grande période de prospérité de 17711780, un net progrès s'accomplit : le vicaire Aygueparse exerce la fonction de "régent" ; un instituteur, Ricard, est signalé comme "maître d'école" ; les registres paroissiaux mentionnent plusieurs "écoliers" ou "étudiants".
Du point de vue économique enfin, après les luttes religieuses qui ont laissé, au début du XVIIe siècle, le pays exsangue, un redressement s'opère. Il est lent d'abord. Il est contrecarré par la crise de 1693-94, par les guerres de Louis XIV qui font peser sur la population de lourdes charges fiscales. Il s'affirme de façon encore chaotique, quoique en évolution ascendante, au cours de la première moitié du XVIIIe siècle. Il explose durant les décennies qui précèdent la Révolution et qui représentent, pour Faycelles, comme ailleurs, une période de très grande prospérité que l'on ne retrouvera plus tard que sous le Second Empire.

LA REVOLUTION ET L'EMPIRE.
La Révolution est l'oeuvre de la bourgeoisie. Enrichie par le commerce depuis le lointain Moyen Age, gagnée par Voltaire aux idées libérales, elle aspire au pouvoir. La faiblesse momentanée de l'autorité monarchique, avec Louis XVI, lui en fournit l'occasion. Elle la saisit. Or, la bourgeoisie - on l'a vu - est régnante à Faycelles, les liens avec l'abbaye sécularisée de Figeac s'étant de plus en plus relâchée au point d'être devenus quasi inexistants. Aussi, la crise révolutionnaire, qui mettra à feu et à sang certaines localités voisines, épargne Faycelles.
D'ailleurs, au départ, tout le monde est d'accord pour mettre en place d'indispensables réformes. L'abbé Lacarrière, curé du lieu, successeur depuis 1786 de Jean-Charles Jausions, est présent à l'Assemblée des Trois Ordres réunis à Cahors le 16 mars 1789, bien qu'il ne soit ni député, ni chargé de procuration. Enfin, en mars 1790, il préside les élections des officiers municipaux, du maire et des notables, dans l'église de Faycelles. Le 14 juillet 1790 il célèbre la fête de la Fédération. Sa collaboration est totale. Mais à partir du vote de la Constitution Civile du Clergé, quand il voit que le mouvement, d'abord économique, politique et administratif, se déplace sur le terrain religieux, brusquement, il coupe les ponts. Réfractaire au serment schismatique qui lui est demandé, il reçoit son passeport pour l'Espagne le 14 septembre 1792. Le lendemain, il part pour l'exil, d'où il ne reviendra qu'une fois l'orage dissipé, le 15 mai 1801. Dès son retour, il dressera la liste des actes religieux accomplis dans la paroisse en son absence. Il sera heureux du bon travail accompli par son vicaire, l'abbé Revignes, au péril de sa vie. Celui-ci, en effet, nommé à Faycelles en 1787, originaire de Montredon (Lot) où il était né le 3 janvier 1762, d'une famille de quinze enfants, n'avait boudé, pas plus que son curé, les réformes entreprises par la Constituante. Lors des élections de 1790, il était secrétaire de séance. Il participa à l'allégresse générale qui marqua le 14 juillet 1790, le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Lors de la nomination des quatre assesseurs du juge de paix, le ler janvier 1791, l'abbé Revignes fait encore office de scrutateur et signe le procès-verbal. A la date du 9 octobre de la même année, la collaboration du clergé local est encore totale, puisque, ce jour-là, le curé lit en chaire le texte de la Constitution et chante le "Te Deum" de la reconnaissance pour cet acte important de la vie nationale.

Cependant, curé et vicaire ont déjà refusé de prêter le serment prévu par la Loi. Par une lettre du 22 février 1791, le Procureur-Syndic de District manifeste au maire de Faycelles son étonnement de n'avoir pas encore reçu l'état qui lui avait été demandé au sujet de la prestation de serment par le clergé local. Il l'accuse de négligence grave et le presse, avec menaces, de fournir sans délai le document en question. En cette circonstance encore, les autorités locales ont dû s'interposer entre leurs administrés et le pouvoir central et user de mesures dilatoires pour éviter le pire. Mais, en 1792, la situation est devenue intenable. L'abbé Revignes franchit le Rubicon, retourne dans son pays natal où il se terre le jour, mais d'où il revient souvent nuitamment dans son ancienne paroisse, pour un ministère clandestin. Il est désormais un prêtre traqué, il est "réfractaire" et la maréchaussée est à ses trousses. Il deviendra, de plus, "insoumis" en 1795 lorsqu'il refusera le serment édulcoré proposé par la Convention dans un but d'apaisement, conseillé par Mr. Emery afin de permettre aux prêtres de reprendre leur ministère dans leurs paroisses à l'abandon. Il engagera à ce sujet avec Mr. de Bécave, administrateur apostolique du siège épiscopal de Cahors, ainsi qu'avec le Prieur de Frontenac, une polémique ardente qui témoigne de sa valeur intellectuelle, de sa culture non moins que de sa foi très vive. Au moment du Concordat qu'il refusera, il ira jusqu'au bout de ses convictions antirévolutionnaires et il deviendra schismatique. Il fondera à Poustans, dans sa paroisse natale, un centre religieux dissident, en relation avec le mouvement connu sur le plan national sous le nom de "Petite-Eglise", et sur le plan régional sous le nom d' "Enfarinés", l'épicentre de la secte se trouvant à Villecomtal, en Rouergue. D'émouvants documents datant de cette époque de clandestinité sont conservés dans un coffre par la famille Cazagou du Mas du Noyer. On y trouve des objets de culte : ornements, calice de fortune, pierre d'autel, burettes et canons ; une correspondance de prêtre, traqué, contraint à la plus grande prudence ; un cahier de pastorale, manuscrit, écrit de la main de l'abbé Revignes et qui, entre autres choses, contient une admirable et douloureuse "complainte sur la soumission" où s'exhale l'âme d'un authentique confesseur de la foi (18).
Au moment de la Restauration sans doute, l'abbé Revignes réintégra le giron de l'Eglise, fut nommé curé de Marcillac-sur-Célé, qu'il quitta en 1836 pour regagner Montredon et Poustans, son pays natal, où il mourut et fut enterré l'année suivante en 1837.
En dehors du départ du curé et du vicaire, quelques incidents seulement marquèrent à Faycelles la période révolutionnaire.
Voici, du reste, le calendrier des évènements qui s'y déroulèrent :
14 janvier 1790 : Election du maire : Sieur Balthazar Denoits, bourgeois de Faycelles, par 68 voix sur 113 votants.
Election du procureur de la commune : Sieur Jean-Pierre Savary, bourgeois de la Graville, par 63 voix sur 91 votants.
17 février 1790 : Election de 5 officiers municipaux : Sieur Antoine Delbos, Sieur Antoine Thomas, Raymond Fabril, Antoine Larribe du lieu de Faycelles et Antoine Murat de Gaillot. Election de 12 notables : Antoine Bacques du Mas du Noyer, Géraud Gasc de la Graville, Pierre Lapergue du Mas de Vaurs, Guillaume Marty dit "Jean Roy", Alexis Laroche, Antoine Marty, du présent lieu, Pierre Bessières dit "Joie", de La Graville, Mr. Pierre Theilhard de La Cassagnole, Jean Lavergne de Faycelles, Pierre Salissard de La Cassagnole, Pierre Bazelles et Louis Laborie de Faycelles. Les résultats sont officialisés par Antoine Marty, consul sortant. Il y a continuité.
21 février et 7 mars 1790 : Prestation de serment des élus, à l'exception de Pierre Bazelles qui le refuse et qui est, de ce fait, démis de ses fonctions, et de Pierre Teilhard qui est malade.
21 mars 1790 : La plantation de "mais" (arbres écorcés, souvent peints et ornés de guirlandes et de couronnes en signe de liesse) trahit une certaine agitation. Ce jour-là, la municipalité enjoint aux habitants de La Cassagnole et du Mas du Noyer d'arracher ceux qu'ils ont dressés, conformément au décret du 3 août qui invite les autorités "à faire détruire toutes les marques extérieures d'insurrection et de sédition, de quelque nature qu'elles soient".
14 juillet 1790 : Fête de la Fédération. Prestation de serment après la messe de onze heures par les autorités locales. Procès-verbal en est dressé.
9 octobre 1790 : Te Deum d'actions de grâces pour la promulgation de la Constitution.
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I° janvier 1791 : Election de quatre assesseurs du Juge de Paix ; sont élus
Pierre Lapergue du Mas de Vaurs, Raymond Fabril de Faycelles, Pierre Salissard de La Cassagnole et Géraud Gasc de La Graville.
13 avril 1791 : A une question du District de Figeac, le maire de Faycelles répond "qu'il n'y a point eu de désordre dans la commune, mais qu'il pourrait s'en produire en raison de la différence des opinions religieuses".
4 mars 1792 : L'abbé Revignes signe son dernier acte religieux dans la paroisse avant de la quitter pour retourner à Montredon, son pays natal, où il vivra en réfractaire.
Début 1793 : Acte de vandalisme à l'église où "certains brigands" ont brûlé le banc de la famille Denoits qui réclame auprès du District de Figeac pour cette spoliation et pour d'autres qu'elle ne précise pas.
18 mai 1793 : Monsieur Denoits, qui a été un temps incarcéré, est relevé par une lettre du Procureur-Syndic de Figeac, des inculpations portées contre lui comme suspect.
17 mai 1794 : Passage par Faycelles de François Bergon, prêtre de la Congrégation (Lazariste), retiré momentanément chez lui à Balaguier, surpris la nuit en train de porter le viatique à un malade, conduit à Figeac, condamné à mort, escorté à Cahors où il périt sur l'échafaud, comme un saint, le 17 de ce mois. Au moment où la troupe qui le conduisait arrivait à la Croix de Ferrières, des parents à lui, habitant au terroir de Lascamps, vinrent, selon la tradition, proposer aux gardes qui assuraient le transfert la somme de 300 écus contre la liberté du prisonnier. "La République nous donnera bien davantage" rétorquèrent-ils. Ils reçurent en récompense une simple pique et Bergon fut guillotiné. An IV de la République : Réquisition de fourrage, de fusils pour faire face aux besoins de la guerre. Recensement de la population, le 21 Messidor : il fait ressortir que la commune compte 933 habitants, y compris "40 défenseurs de la patrie" qui sont à l'armée. On fait le compte aussi des chevaux, des mules et des mulets, des ânes et des ânesses.
17 Ventôse de l'An IV : Réquisition de la Garde Nationale de Faycelles contre les déserteurs restés dans leur foyer.
6 Messidor de la même année : Denoits fournit à l'administration centrale la liste des hommes susceptibles de servir.
An VI de la République : Nouvelle liste des réquisitionnaires-et déserteurs de Faycelles.
11 Frimaire de l'An VI : Perquisition de la garde mobile en vue de rechercher les déserteurs. Tous les soldats en règle sont trouvés dans leur domicile. Les autres sont absents, comme par hasard. Echec donc de l'opération. Les autorités locales ont dû avoir la sagesse de s'interposer entre la population et le pouvoir central, ainsi qu'il convient de faire en période de crise.
25 décembre 1800 : Noyade de 11 personnes dans le Lot, sur le rivage de Gaillot, à 2 heures du matin. Vraisemblablement, des fidèles qui sont allés assister à quelque messe de Noël clandestine dans le Rouergue.
15 mai 1801 : Retour de l'abbé Lacarrière, curé de la paroisse, parti en exil en Espagne le 15 septembre 1792. L'orage est passé. La tempête n'a pas fait trop de dégâts à Faycelles, grâce à la sagesse de ses administrateurs, à sa foi, à son bon sens. La population pourra dire, comme l'abbé Siéyès en se frottant les yeux comme au sortir d'un cauchemar : "Nous avons vécu !". L'Empire va commencer. Deux enfants de Faycelles vont s'illustrer au cours des guerres : André et Etienne Bazelles. André Bazelles père, et sa femme, Marie-Elisabeth Capus, eurent 11 enfants Quatre d'entre eux, pressés sans doute par la nécessité de se faire une situation que leur famille trop pauvre ne pouvait leur assurer, s'engagèrent dans la carrière militaire : Pierre, qui rentrera au début des campagnes de la Révolution parce qu'il a reçu une blessure à l'oeil ; Jean-Baptiste, qui est "présumé mort aux armées" comme en témoigne une quittance de droits de succession. Plus glorieuse déjà fut la destinée d'André, son frère. Engagé le 13 mars 1787, il accède au grade de capitaine des Pontonniers. Il suit l'armée sur tous les champs de bataille de la Révolution et de l'Empire ; il est dans le Nord, sur les bords du Rhin, en Allemagne, sur le Danube, en Dalmatie, en Hollande, et fait partie de la grande armée en 1812. Il est blessé à Castillon, à Fleurus, à Winterthur en Suisse, à Zurich, à Hohenlinden. Il est fait Chevalier de la Légion d' Honneur le 17 juillet 1809, avec le n° 24.515. Retiré à Faycelles en 1813, il y épousa Anne-Marie Dupont qui lui donna sept enfants dont les noms sont évocateurs de l'épopée impériale : Joséphine, Marie-Louise, Laetitia, Eugène ... Etienne, lui, s'engagea le 13 mai 1788. Il devint, lui aussi, capitaine, dans le 72è Régiment de Ligne. Il participe aux grandes campagnes de l'époque ; servit sous Dumouriez, Dampierre-Custine, Houchard-Jourdan, Berthier, Bonaparte, Masséna et Brune. Il est dans l'armée du Nord, en Batavie, sur le Rhin et sur le Danube, en Italie, à Saint-Omer. Il est blessé à Courtrai, au passage du Mincio, à Castricum en Batavie. Proposé pour être chef de bataillon, il a la simplicité de refuser, "ayant le bon esprit, dit le rapport de l'Inspecteur Général, de convenir de son insuffisance morale pour cette place". Il était membre de la Légion d'Honneur. Surtout, il fut fait baron d'Empire par Napoléon lui-même, au soir de Wagram. Blessé à une jambe - dont il dut être amputé par la suite - il était couché sur le champ de bataille. Entendant passer Napoléon, il fit un effort surhumain pour se relever, rassembler ses hommes et crier avec eux : "Vive l'Empereur !". Celui-ci, s'arrêtant, l'interrogea sur son origine : "Tu seras baron, mon brave, lui dit-il, en lui donnant l'accolade". Ses armes se lisent : "D'or, au chêne terrassé au naturel, senestré d'une colombe d'azur posée sur la terrasse ; au franc quartier de baron militaire qui est de gueules à l'épée haute en pal d'argent, brochant sur le tout. L'écu surmonté d'une toque de baron militaire (toque de velours noir, retroussée de contre-vair, avec porte-aigrette en argent surmontée de trois plumes), accompagnée de deux lambrequins d'argent".
La tradition populaire a conservé le souvenir de ce soldat à la jambe de bois qui touchait à l'époque 800 livres de rente. Il signe comme témoin au registre d'état-civil, sa dignité le faisant membre de droit du Conseil Municipal. A partir du 6 mai 1810, il disparaît comme un héros de légende (19).

XIXe et XXe SIECLES.
Le point culminant de la courbe de population est atteint en 1842, où Faycelles compte 1.341 habitants. Il faut dire que la commune, curieusement amputée de La Valade au moment de la Révolution - ce hameau est rattaché à Capdenac - retrouve l'intégrité de son territoire. La prospérité économique sous le Second Empire notamment, la réduction de la mortalité infantile, les meilleures conditions de vie et l'absence d'hécatombes dues aux guerres et surtout aux épidémies et disettes, font que le niveau démographique se maintient en gros jusqu'en 1881. A partir de cette date, en raison de la catastrophe que représente pour ce pays à vocation viticole le phylloxéra, la courbe amorce une chute irrémédiable. La guerre de 1914-1918, avec ses 39 morts, représentant les forces vives de la population, va encore accentuer-cette tendance irréversible, semble-t-il, compte tenu des exigences de l'économie moderne. Jusqu'où ira cet effondrement ? C'est la question douloureuse que se posent tous les amis de Faycelles, sans pouvoir, hélas, lui donner ni de réponse ni de solution.

NOTES

(1) Ce chapitre condense l'essentiel de la thèse écrite par l'auteur sur ce sujet en 1969, en y intégrant les découvertes faites depuis, en archéologie notamment.
(2) cf. "Lo Crozo" n° 5, Année 1975 - Revue dactylographiée publiée par l'Association Spéléologique de Figeac et le Spéléo-Club de Capdenac "Exurgence du Pesquié". "Faycelles Lot" - Gombert. pp. 2-7.
(3) cf. Le troisième millénaire en Quercy. J. Clottes B.S.E.L. 1° fasc. 1967, Janvier-Mars, Tome LXXXVIII - cf. également "Gallia", 1975.
(4) cf. "Faycelles en Quercy", R.P. G. Delbos, m.s.c, Thèse de doctorat de 3è cycle. 3 vols. Chez M. Louis Lavayssière, 46240 Labastide-Murat.
(5) cf. Planche jointe. Cette hache de pierre a été découverte au lieu-dit "La Boiaga", en 1971, par son actuel détenteur, Mr. Fernand Felzines de Faycelles. Elle est en pierre dure, de couleur grise à reflets bleutés, très endommagée, au tranchant émoussé, et de dimensions suivantes 8 x 5 x 2,3 cm.
(6) cf. "Les céramiques sigillées rouges de Carade". Commune de Cajarc (Lot). R. Pauc B.S.E.L. n° XCVIII, 2° fasc., Année 1972, Cahors.
(7) La vallée du Lot, à cet endroit, semble avoir été peuplée à l'époque. Des investigations en surface, y ont été pratiquées dans le champ de Mr. Cavalerie, où ont été identifiées au moins cinq implantations gallo-romaines datant de la Terre III jusqu’au IVe siècle après J.C.
(8) cf. "La fin du paganisme en Gaule", Ed. Flammarion, Paris, 1950, p. 37.
(9) Dans notre thèse "Faycelles en Quercy" nous avons daté du 5è.-7è siècles la nécropole des "Sarrasins". A la suite de certaines expertises de poterie effectuées par Mr. G. Fouet, chargé de recherches au C.N.R.S., le verdict relaté par ailleurs du C 14 autorisant une marge de 4- 120 ans, petit-être conviendrait-il d'anticiper au 4è siècle l'implantation de cette tribu barbare.
(10) cf. "Essai de datation d'une nécropole sise aux "Sarrasins", Commune de Faycelles (Lot), R.P. G.Delbos, m.s.c. Travaux du Congrès des Sociétés Académiques et Savantes du Languedoc-Pyrénées-Gascogne XXIIIe Congrès.
(11) "La civilisation mérovingienne", Ed. Salin, Ed. A. et J. Picard, Paris.
(12) Chaque fois au moins que l'intrusion de rongeurs ou la pratique de la surimposition des corps n'a pas perturbé l’ordre naturel. Ed. Salin, Ed. in loc cit, suggère que la position allongée des bras le long du corps pourrait être une attitude païenne.
(13) cf. "Du lieu de naissance de Louis le Pieux,-Deuxième Empereur d'Occident", J. Juillet, Archistra n° 7-8, 1973-42 R Capus, Toulouse.
(14) cf. "Absides et clochers des rives d'Olt et de Célé", R.P. G. Delbos, m.s.c, Ed. de la Tourelle, Librairie de la Nouvelle Faculté, Paris VIIe, 1975.
(15) Sur le sens à donner aux mots "villa", "manse" (mas) et "casais" aux
Xe et XIe siècles, voici un texte intéressant
"Le Xe siècle et la première moitié du XIe sont une période de prospérité, de croissance démographique et de calme relatif qui permet une meilleure utilisation de la terre et de l'eau. La "villa" - "une énigme" - n'est point le cadre d'un système d'exploitation comme dans la France du Nord, mais le terrain du village dont l'occupation et la délimitation se perdent dans la nuit des âges antérieurs. La réalité géographique est indissociable de la communauté qui y réside ; celle-ci, organisée et hiérarchisée, témoigne en permanence de ses droits collectifs grâce à ses membres les âgés et les plus sages. L'église rurale a contribué à maintenir la cohésion
Sur le terrain de la "villa" s'inscrivent les manses en Septimanie ou les casais en pays toulousain. Ce sont des unités d'exploitation, d'origine ancienne, le plus souvent d'un seul tenant ; c'est le lieu où vit une famille d'exploitants agricoles ; s'il y a eu partage du manse, ce n'est pas entre tenanciers mais entre propriétaires. La manse est une unité d'imposition. Les plus nombreux ne sont pas grevés de corvée ; ceux qui en supportent sont tenus à quelques jours par an de labour ou de charroi ; ils semblent 'être issus de l'ancien fiscus passé aux conquérants, distribués par les Rois francs aux Comtes, à leurs fidèles ou à leurs établissements monastiques ; les colons du fisc selon la "Lex Manciana" devaient en effet des prestations ou journées de travail (Annales du Midi, Tome 88, n° 129, Oct. Déc. 1976, Privat - p. 479. Une "thèse sur la Société Languedocienne du Haut Moyen Age Magnou. Nortier 'Elisabeth)". La société laïque et l'Eglise dans la Province ecclésiastique à Narbonne de la fin du VIIIe à la fin du XIe siècle").
(16) Dans le fonds Champeval de Vyers, conservé aux Archives du Lot, se trouve un intéressant dossier concernant Faycelles.
(17) cf. "Les tribulations des quatre Consuls de Faycelles en 1702, à l'occasion de la nomination d'un soldat de milice", R.P. G. Delbos, m.s.c, B.S.E.L. 1965.
(18) cf. "Complainte sur la soumission", R.P. G. Delbos, m.s.c. "L'Ordre Français" n° 193, Juillet-Août 1975.
(19) Cependant le "Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables" par C. d'E. - A. Tome Troisième signale (p. 126) que : "Etienne Bazelle, né à Faizelle le 20 décembre 1768, capitaine d'infanterie, fut créé Baron de l'Empire par lettres patentes du 21 novembre 1810. Sa descendance s'est éteinte avec Alexandre, baron Bazelle, qui n'a pas laissé de postérité masculine de son mariage en 1844 avec Emilie de Sarrau, décédée en 1903". "L'Armorial du Premier Empire" par le Vicomte A. Révérend, Tome premier, p. 64, précise qu'il était "donataire (R. 6000) sur Rome, 15 août 1809, et sur Bayreuth, 31 décembre 1809".
Etienne Bazelle avait épousé Louise Henriette Tabournel. Il mourut le 23 septembre 1848 à Monclar d'Agenais, chez sa fille Louise Clara, "directrice du Bureau de la Poste", née à Figeac le 3 décembre 1820 et qui épousa le 7 mai 1849 Jean Lacroix, employé des Ponts et Chaussées, né à Prayssac le 6 février 1813.

 





 


 


 


 

 

 

 

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