frendeit

Un peu d'Histoire

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Index

 

En fait, l'existence d'un temple romain à cet endroit n'aurait rien d'insolite. En effet, à proximité passe un de ces vieux chemins impériaux dont Pétrone disait c'en était plus facile d'y rencontrer un dieu qu'un homme". Sur cette même route antique qui relie Toirac à Figeac se trouve déjà, à cinq kilomètres de là, la paroisse de Frontenac dont l'église est bâtie sur les fondations d'un temple dédié à Minerve. Le lieu-dit voisin à nom "Fenouil", que d'aucuns (Dauzat) interprètent comme dérivé de "Fanum Novum" (Temple nouveau). Ce site élevé, dominant la vallée du Lot et largement ouvert sur un vaste horizon, convient naturellement à Mercure, divinité des hauteurs. Emile Mâle cite de nombreux cas de semblables successions ; "Il n'est guère de province, écrit-il, où l'on n'ait retrouvé, sous des églises anciennes, des restes de temple" (8). L'abbé Combelles, enfin,
ancien curé de la paroisse qui, en 1899, fit faire, à ses frais, des fouilles à cet endroit, et qui est de ce fait témoin oculaire, déclare que :" l'arrangement des pierres révèle la main des Romains. Les fondations souterraines que nous avons vues et qui ont été relevées à notre insu pour employer la pierre à la clôture du cimetière, nous ont révélé un temple de toute beauté".
Enfin, si, comme c'est probable, il faut situer à Capdenac-le-Haut, Uxellodunum qui fut, selon Hirtius, dans le livre VIII du "De Bello Gallico", le dernier bastion de la résistance gauloise à la conquête romaine, c'est dans la vallée du Lot, juste au-dessous du village de Faycelles, que fut établi le camp adossé à la rivière vers lequel les Gaulois drainaient le froment de la région avant de l'amener nuitamment dans la citadelle assiégée.
L'implantation des villes gallo-romaines au pied des collines ou dans le creux des vallons protégés du Nord par un éperon rocheux, à proximité des champs fertiles et des rivières poissonneuses, témoigne davantage d'un souci du confort que d'un objectif de défense. Manifestement, la "pax romana" règne dans la Gaule conquise par "l'Humanitas latina" plus encore que par les armes.
Bientôt, hélas ! Avant même le V° siècle, mais surtout à partir de cette époque, les frontières de l'Empire vont craquer sous la poussée des Barbares venus de la lointaine Asie par l'Europe centrale. Dans le cadre de ces grandes invasions, une tribu d'envahisseurs - des Wisigoths vraisemblablement - vint s'établir, peut-être vers le IVe siècle déjà (9), sur le plateau où se trouve le village de la Graville. Leur présence a été révélée ces dernières années par la découverte et l'investigation de la nécropole dite des "Sarrasins" où ils enterraient leurs morts.
Ce lieu-dit, de propriété communale, situé à deux kilomètres environ du bourg, au milieu d'un triangle constitué par le Mas de Francoal, le Puech et le Mas de Bessières, sur un des points culminants de la commune, est en fait une butte artificielle, autrement dit un tumulus. A proximité - le cas est fréquent - se trouve le dolmen du Mas de Bessières, et un peu plus loin celui de la Pierre Levée.
La tradition parle à son sujet d'un combat entre Sarrasins et autochtones et voit dans cette nécropole le résultat d'une lutte particulièrement meurtrière. Reconnaissons, avec Ferdinand Lot, qu'un chef sarrasin du nom d'Ambiza, vint effectivement, après Poitiers, se fortifier dans le lieu tout proche de Balaguier, à condition encore que cette localisation soit exacte, ce qui est contesté. Concédons aussi que la légende populaire a conservé le souvenir des déprédations commises par les Arabes sur cette rive droite du Lot, celui des embarcations sarrasines, immergées dans le Lot, après un combat, à la suite d'une fuite précipitée, et qui seraient visibles encore en période de basses eaux.
Mais, outre que le toponyme de "sarrasin" s'applique à tout site antique indistinctement, il est impossible, au terme de quatre campagnes de fouilles effectuées en ce lieu de 1964 à 1968, d'accréditer sur ce point la tradition populaire.


On en trouvera ailleurs le compte rendu détaillé (10). Contentons-nous d'en donner ici les conclusions. La nécropole des "sarrasins" est un cimetière barbare : la confrontation des données de la fouille avec l'ouvrage spécialisé d'Edouard Salin sur ce sujet ne laisse aucun doute (11). Elle date de la fin du IVe siècle - début Ve, comme en témoignent les indices conjoints de l'expertise des tessons par M. Fouet, chargé de recherches au C.N.R.S. à Toulouse et de la datation au carbone 14 effectué par le Centre de Gif-sur-Yvette.

L'examen attentif des données archéologiques nous permet de donner de cette population la description suivante portant sur son type physique, sa vie sociale, ses moeurs et ses. croyances.

TYPE PHYSIQUE

Des rapports médicaux, établis à partir de l'examen des squelettes, il est possible de dégager les traits suivants de cette race. La taille de ces hommes est élevée pour l'époque : elle varie entre 1,65 m et 1,70 m. Ils étaient de type dolycho. ou hypo-dolichocéphale. Leurs arcades sourcilières, bien que très marquées, n'atteignent pas un développement considérable. La face ne présente pas de prognathismes notables. La dentition est remarquable. Cependant des parodontoses, des abcès dentaires et des caries nombreuses et importantes sont à signaler. Un maxillaire inférieur, présumé de sexe féminin, se singularise par l'absence d'alvéoles dentaires au niveau des molaires et des prémolaires. A ce sujet, on pourrait invoquer une chute prématurée des dents, due à quelque processus pathologique, tel qu'une gingivite expulsive. Cette hypothèse pourrait être confirmée par le fait que la plupart des caries dentaires sont au niveau du collet proche de la gencive. A moins qu'il ne s'agisse d'une érosion par micro, traumatismes répétés, en rapport avec les habitudes sociales du groupe. Enfin, certains squelettes révèlent des traces d'arthrite vertébrale rhumatismale.


LA VIE SOCIALE

Cette population constituait un clan fermé, bien distinct du groupe autochtone qui habitait alors sous la falaise. Les Barbares enterraient leurs morts aux "Sarrasins", les Gallo-Romains à Rigant où l'abbé Combelles a découvert des sarcophages typiques de cette civilisation.

La fusion entre les deux groupes ethniques s'opéra vers la fin du VIe siècle, sous l'influence du christianisme. En effet, dans la nécropole des "Sarrasins", un seul emblème religieux a été découvert. Il s'agit d'une croix de pierre plate, légèrement renflée au centre, de façon d'ailleurs inégale, obtenue par l'abrasion des quatre angles de la croix, sur un matériau présentant des prédispositions à recevoir cette forme. Elle était située dans une tombe d'enfant, sous la couche inférieure du couvercle, juste au-dessus de la tête du défunt, "comme pour permettre au chrétien de contempler jusque dans la mort le symbole de son salut", ainsi que le note E. Salin qui a relevé ailleurs des faits similaires.
Or, si nous considérons que les nécropoles mérovingiennes étaient peuplées progressivement de bas en haut de la pente, qu'aux "Sarrasins" le sommet ne présente que des tombes raréfiées, que la sépulture dans laquelle cet indice de christianisme a été trouvé se situe presque au sommet du tertre, il semble qu'on soit en droit de conclure que la nécropole barbare a été abandonnée à partir du moment où la population, devenue chrétienne, a été contrainte, pour obéir aux lois de l'Eglise, de faire enterrer ses morts en terre bénie, "sous la goutte qui tombe du toit de la chapelle", comme dit délicieusement un texte ancien. De fait, l'abbé Combelles a découvert également à Rigant des formes de sépultures identiques à celles des "Sarrasins", avec la seule différence, de signification chrétienne du reste, que le visage du défunt était tourné vers la terre.

La fusion des cimetières semble être l'indice d'un rapprochement entre les communautés, par l'adhésion à une même foi.

MOEURS ET CROYANCES

La pauvreté du mobilier recueilli dans 30 tombes, et dont l'inventaire se réduit à l'énumération suivante : des tessons, une bague, un anneau et une croix de pierre grossière, semble indiquer que le niveau de vie de cette population était très bas. Les morts étaient enterrés nus, sans le moindre vêtement ni la moindre parure, sans cercueil, à même la pierre, par souci d'économie. La poterie est de facture très grossière et le forme des vases est commune.

Un examen attentif de la nécropole et des tombes révèle les rites funéraires en honneur dans le clan.
La technique de l'ensevelissement prévoyait la mise en place du cadavre, nu, sans cercueil ni brancard, ainsi qu'il vient d'être dit, allongé sur le dos, la tête tournée vers le ciel, les bras le long du corps ou repliés sur la poitrine (la place des humérus et des cubitus atteste les deux positions) (12). Puis on fermait l'auge par un couvercle constitué de deux ou trois couches de pierres plates et brutes. On déposait sur la tombe, généralement au pied, un ou deux vases du genre écuelle ou pot. Les débris trouvés à l'intérieur ont dû s'infiltrer entre les pierres mal jointes. Si les vases avaient été déposés à l'intérieur, on n'aurait pas trouvé de poterie à l'extérieur, surtout en une telle abondance relative. Enfin, on répandait par-dessus de la terre ou des cailloux pour cacher la sépulture et assurer son inviolabilité.
La cérémonie devait comporter un rite du feu, comme en témoignent certaines pierres rougies par la flamme, découvertes parfois à l'intérieur même des tombes. Ce rite peut recevoir diverses interprétations : soit en liaison avec la préparation du repas funéraire ou des offrandes alimentaires ; soit comme une coutume en relation avec le foyer ; soit enfin comme un rite spécifiquement religieux, le feu symbolisant le double (l'âme), et donc la survie.
Du reste, le soin avec lequel ces tombes étaient aménagées, leur orientation vers l'Est où le soleil se lève, le dépôt de vases comme l'isolement du site, témoignent avec évidence d'une conception spiritualiste de l'existence au sein de cette population.

LES SARRASINS.

Faycelles ne fut pas non plus épargné lors des invasions arabes du VIIIe siècle. Selon un manuscrit déposé aux archives de Conques par Bernard, écolâtre d'Angers, qui écrivait vers 1020, 'une troupe de ces envahisseurs, conduite par Ambiza, s'était fortifiée dans le château de Balaguier que certains identifient avec l'actuelle localité du même nom, «située au-delà du Lot, dans le Rouergue, à quelques kilomètres seulement. A partir de là, ils commettaient des exactions dans la région, pillant les lieux saints et vexant les ecclésiastiques, les moines et autres honnêtes gens » (« et alios homines probos »). Si proche, Faycelles ne manqua pas de recevoir la visite des pillards, d'autant plus qu'un chemin direct, correspondant à un gué du Lot, le reliait à la forteresse occupée par les brigands. De plus, l'isolement de l'église de Rigant en faisait une proie facile.
Deux légendes subsistent que nous avons déjà mentionnées et qui ont trait à ces incursions : celle d'un combat entre "Sarrasins" et autochtones, sur le plateau de la Graville, en bordure du chemin qu'empruntaient normalement les prédateurs ; celle des embarcations, chargées de victimes d'une échauffourée à Rigant, et qui auraient coulé à la suite de fausses manoeuvres dues à la précipitation.
Faut-il attribuer à des relations ultérieures plus pacifiques entre indigènes et envahisseurs le type maure que reflètent encore bien des visages à Faycelles et dans la région ? C'est possible.


Lu 62937 fois

Éléments similaires (par tag)

Calendrier - évènements

<<  <  Déc 2019  >  >>
 Lu  Ma  Me  Je  Ve  Sa  Di 
        1
  2  3  4  5  6  7  8
  9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031     

Déclam

Déclam vise au Développement d’une Éducation Citoyenne Libre,active et Militante pour un mieux vivre ensemble. 
C’est une jeune association, créée en 2009, dont les objectifs concourent à la valorisation et au développement des territoires ruraux, à l’Éducation à la citoyenneté, à la participation aux projets de territoires ou encore à l’accompagnement des initiatives dynamiques locales...

La météo

Faycelles : que d'Histoire !